F : Intelligence du numérique et fractures artificielles
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La fracture numérique désigne initialement l’écart entre les personnes ayant accès à Internet ou à un ordinateur et celles qui en sont privées. Avec le temps, cette fracture s’est déplacée vers la capacité à utiliser ces outils, sans distinguer les usages (compulsifs, professionnels, etc.). Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle (IA), elle évolue vers une nouvelle forme : la fracture calculatoire. Cette dernière sépare ceux qui savent interpréter des données, des pourcentages ou des fractions, et ceux qui en sont incapables. L’article souligne que cette fracture touche même les élites, y compris dans les ministères, et peut entraîner des erreurs majeures dans les décisions publiques.
L’IA nécessite une maîtrise des nombres pour évaluer la fiabilité de ses réponses. Une erreur courante consiste à ignorer le taux de prévalence (proportion réelle d’un phénomène dans une population). Par exemple, un détecteur de mensonges avec un taux de réussite de 75 % peut sembler performant, mais son utilité dépend du nombre réel de menteurs. Sur 1 000 passagers, si 10 % mentent (100 personnes), le détecteur accuse à tort 225 passagers honnêtes sur 300 accusés, soit 75 % d’erreurs. Une fiabilité de 90 % réduit ce taux à 50 %, mais reste problématique. L’article cite le Défenseur des droits qui critique ces outils pour leur manque de rigueur mathématique.
L’article illustre ces erreurs avec deux cas concrets. D’abord, les antivax ont affirmé que 80 % des hospitalisés pour Covid étaient vaccinés, sans préciser que 90 % de la population l’était aussi. En réalité, le taux d’hospitalisation était 2,25 fois plus élevé chez les non-vaccinés. Ensuite, 30 % des accidents de la route sont liés à l’alcool, mais seulement 8 % des conducteurs sont concernés. Le gouvernement en déduit que limiter l’alcool au volant éviterait 80 % des accidents, alors qu’il s’agirait plutôt de 4,92 fois moins d’accidents parmi les alcooliques, soit une réduction de 80 % du nombre total. Ces exemples montrent l’importance des données manquantes dans les raisonnements.
Les décideurs publics, y compris dans les ministères de l’Éducation ou de la Recherche, commettent souvent des erreurs de calcul similaires. Ces approximations, comparables à celles des antivax, peuvent avoir des conséquences graves, notamment avec l’IA. Le Défenseur des droits a pointé du doigt les algorithmes utilisés pour détecter les mensonges aux frontières européennes, soulignant leur manque de fiabilité. L’article insiste sur la nécessité de former les élites et les citoyens à la maîtrise des nombres et du calcul élémentaire, faute de quoi la France risque de perdre le contrôle de son avenir numérique et industriel.
Pour combler cette *fracture calculatoire*, l’article propose une solution radicale : intégrer les mathématiques et l’informatique comme matières obligatoires, au même titre que le français ou la géographie, dans l’enseignement secondaire de la 6ᵉ au baccalauréat. Aujourd’hui, ces disciplines sont souvent réservées à des filières spécifiques, ce qui exclut une grande partie des élèves. Cette réforme permettrait à tous les citoyens de comprendre les enjeux du numérique et de l’IA, et d’éviter des décisions basées sur des raisonnements erronés. Sans cela, les milliards d’euros et les formations annoncées resteront inefficaces.

