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Intenses combats au nord de l’Éthiopie, communications perturbées

Le Devoir · mis à jour 25 sept.

Après des mois tendus, les combats ont repris entre l’armée fédérale et les troupes du Front de libération du peuple..

Contexte du conflit

Le nord de l’Éthiopie est le théâtre d’une reprise des combats entre l’armée fédérale éthiopienne et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), un groupe armé et parti politique qui dirigeait historiquement l’État régional du Tigré. Ce conflit s’inscrit dans un contexte de tensions politiques et territoriales récurrentes. Le TPLF a dirigé l’Éthiopie de 1991 à 2018, avant d’être écarté du pouvoir par le Premier ministre actuel, Abiy Ahmed. Le gouvernement fédéral considère le TPLF comme une organisation illégale, tandis que ses partisans le voient comme un défenseur de l’autonomie régionale. Le conflit actuel survient moins de quatre ans après la fin d’une guerre civile dévastatrice (novembre 2020 à novembre 2022), qui a fait au moins 600 000 morts et est considérée comme l’un des conflits les plus meurtriers au monde ces dernières années.

Reprise des hostilités

Les combats ont repris mardi entre les forces fédérales et les troupes du TPLF, mettant fin à plusieurs mois de tensions. Cette escalade a été marquée par des affrontements intenses dans plusieurs localités du nord, notamment dans l’État régional de l’Afar, voisin du Tigré, ainsi que dans le Tigré occidental. Dans cette zone, des combats ont opposé les forces fédérales aux rebelles tigréens à May Gaba et Tselimo. Le Tigré occidental est une région fertile revendiquée à la fois par le TPLF et par les nationalistes de l’État régional de l’Amhara, qui la considèrent comme une terre ancestrale. Selon l’armée fédérale, plus de 700 rebelles auraient été tués et 500 blessés depuis la reprise des hostilités, bien que ces chiffres n’aient pas pu être vérifiés de manière indépendante. Les combats ont également été signalés en Amhara, où des affrontements ont eu lieu entre les milices nationalistes Fano et les forces fédérales, notamment près de Lalibela, une ville sainte inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Coupures des communications

Depuis vendredi, les réseaux de télécommunications et d’accès à Internet sont perturbés dans le nord de l’Éthiopie, selon l’observatoire Netblocks et l’Agence France-Presse (AFP). Au Tigré, les services de l’opérateur public Ethio Telecom et ses services Internet sont coupés, tandis que l’opérateur kényan Safaricom, dont les services fonctionnaient encore partiellement, a également été touché. Ces coupures rappellent les mesures drastiques prises lors du précédent conflit (2020-2022), où le gouvernement fédéral avait suspendu les télécommunications, l’électricité et les services bancaires au Tigré, plongeant la région dans un quasi-siège. Les habitants de Mekele, la capitale tigréenne, craignent une répétition de cette situation, qui avait entraîné des pénuries dramatiques et poussé la région au bord de la famine. Les prix des denrées alimentaires augmentent déjà, et les habitants se précipitent pour stocker des vivres par crainte d’un nouveau blocus.

Alliance des groupes rebelles

Sept groupes armés opposés au gouvernement fédéral, dont le TPLF, les milices Fano (nationalistes amhara) et l’Armée de libération oromo (OLA), ont récemment annoncé une alliance pour « renverser » le gouvernement d’Abiy Ahmed. Cette coalition, bien que fragile, représente une menace accrue pour les autorités fédérales, car elle combine des forces aux idéologies et historiques différents. Certains de ces groupes étaient historiquement ennemis, ce qui soulève des questions sur leur capacité à coordonner leurs actions. Selon l’analyste Jalale Getachew Birru, leur objectif commun pourrait être de s’emparer de territoires stratégiques, notamment le long d’infrastructures routières clés, afin d’affaiblir la capacité du gouvernement à se ravitailler. Les combats autour de Lalibela, un site clé pour l’approvisionnement de l’armée fédérale lors du précédent conflit, illustrent cette stratégie.

Ce que ça pourrait changer

Les observateurs et analystes s’attendent à une escalade rapide du conflit, avec des niveaux de violence élevés. Clionadh Raleigh, directrice générale de l’ONG *Acled* (spécialisée dans l’analyse des conflits), a déclaré ne pas identifier de leviers permettant d’empêcher la poursuite de l’escalade. Les rebelles du Tigré ont affirmé être en « guerre totale » contre le gouvernement fédéral, et les combats s’étendent désormais à plusieurs régions du nord. Les autorités fédérales, de leur côté, affirment avoir neutralisé plus de 700 rebelles depuis la reprise des hostilités. La situation humanitaire, déjà précaire au Tigré, pourrait se dégrader rapidement si les combats s’intensifient et si les communications restent coupées, limitant l’accès à l’information et à l’aide humanitaire.

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