Pourquoi de plus en plus d’Américains abandonnent leur nationalité
Près de 5 800 personnes ont renoncé à leur nationalité américaine ou à leur carte verte en un an, un niveau inédit depuis 2020. La double imposition et le désenchantement politique alimentent cette tendance de fond..
En 2025-2026, près de 5 800 Américains ont officiellement renoncé à leur nationalité ou à leur carte verte (green card), un niveau record depuis 2020. Ce chiffre provient d’une analyse du Federal Register, le journal officiel du gouvernement fédéral américain. Pour rappel, la green card est un titre de séjour permanent aux États-Unis, qui permet de vivre et travailler dans le pays sans être citoyen. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance de fond : sur la dernière décennie, le nombre d’Américains quittant définitivement le pays a fortement augmenté. Selon Peter Spiro, professeur de droit international à l’université Temple, cette hausse s’explique par deux raisons principales : d’une part, le poids des obligations fiscales pour les expatriés, et d’autre part, un désenchantement croissant envers la situation politique américaine.
La loi Fatca (Foreign Account Tax Compliance Act), adoptée par le Congrès américain en 2010, est souvent citée comme l’une des causes majeures de cette tendance. Cette loi oblige les citoyens américains, où qu’ils vivent dans le monde, à déclarer leurs revenus et comptes bancaires aux autorités fiscales américaines. Résultat : même les expatriés résidant dans des pays à faible imposition, comme les Émirats arabes unis, doivent payer des impôts aux États-Unis. Pour ceux vivant dans des pays à forte imposition, comme le Royaume-Uni, cela signifie une double taxation, c’est-à-dire payer des impôts à la fois dans leur pays de résidence et aux États-Unis. Alexander Marino, dirigeant chez Moody’s, souligne que cette situation est particulièrement pénible financièrement, d’autant plus que les États-Unis taxent aussi les héritages, même après le décès.
Au-delà des raisons fiscales, un sentiment de désillusion politique pousse certains Américains à tourner le dos à leur pays. Peter Spiro évoque une « turbulence politique croissante » et un « attachement sentimental qui s’amenuise » face aux divisions internes et aux incertitudes sur l’avenir des États-Unis. Ce phénomène touche particulièrement les expatriés, souvent mieux informés sur les réalités internationales et moins influencés par le patriotisme local. Pour ceux qui possèdent un autre passeport, comme un passeport européen, renoncer à la nationalité américaine devient un choix plus facile, surtout si leur pays de résidence offre des avantages fiscaux ou une meilleure qualité de vie.
Les Américains qui abandonnent leur nationalité sont souvent des expatriés installés à l’étranger depuis plusieurs années, voire des générations. Ils peuvent être des travailleurs indépendants, des cadres ou des retraités bénéficiant de revenus stables. Certains sont attirés par des pays où la fiscalité est plus avantageuse, comme certains États d’Amérique latine ou d’Asie, tandis que d’autres privilégient des destinations offrant une meilleure sécurité juridique ou sociale. Le phénomène n’est pas marginal : il reflète une tendance plus large de mobilité internationale accrue, où les individus cherchent à optimiser leur situation fiscale et leur bien-être, quitte à renoncer à leur passeport américain.
Ce mouvement de renoncement à la nationalité américaine a des répercussions pour les États-Unis. D’abord, il réduit le nombre de contribuables potentiels, alors que le pays fait face à des défis budgétaires croissants. Ensuite, il affaiblit le soft power américain, c’est-à-dire l’influence culturelle et politique des États-Unis à l’étranger. Enfin, il pose la question de l’attractivité du pays pour les talents internationaux, qui pourraient hésiter à s’y installer en raison des contraintes fiscales. Pour l’instant, aucune mesure majeure n’a été annoncée pour inverser cette tendance, bien que des débats existent sur une éventuelle réforme de la loi *Fatca* ou des allègements fiscaux pour les expatriés.

