Aborder la rentrée littéraire par les souterrains
À propos de deux grands livres de cette nouvelle saison : "Les Lieux souterrains" du Péruvien Gustavo Faverón Patriau (Christian Bourgois), et "Le Livre des souterrains" de Phoebe Hadjimarkos-Clarke (Éditions du Sous-Sol)..
La chronique propose une approche originale pour aborder la rentrée littéraire 2026 en sélectionnant deux romans dont les titres contiennent le mot souterrain. Le premier, Les Lieux souterrains, est écrit par l'auteur péruvien Gustavo Faverón Patriau et publié aux éditions Christian Bourgois. Le second, Le Livre des souterrains, est signé par la jeune autrice française Phoebe Hadjimarkos Clarke, aux Éditions du Sous-Sol. Ces deux ouvrages partagent une structure narrative complexe et explorent la quête identitaire de leurs personnages principaux, oscillant entre recherche de soi et perte de repères. Leur point commun réside également dans l'exploration des thèmes de la performance et de la multiplicité des récits, offrant une forme littéraire audacieuse et labyrinthique.
Les Lieux souterrains de Gustavo Faverón Patriau est un roman de 700 pages qui s'ouvre sur deux biographies contradictoires d'un personnage nommé George Walker Benett. Selon la première, il s'agit d'un artiste ; selon la seconde, d'un serial killer. L'intrigue se déploie à travers plusieurs points de vue, mêlant récits de personnes ayant connu ce personnage, dans un cadre historique et géographique varié : Amérique latine, Autriche, Yougoslavie. Le roman s'inscrit dans la lignée des œuvres de Roberto Bolaño, avec une narration labyrinthique et une exploration des thèmes de la cruauté, de la torture et de l'avant-garde artistique. L'auteur est traduit en français par Robert Amutio, déjà traducteur de Bolaño.
Le Livre des souterrains de Phoebe Hadjimarkos Clarke adopte une structure plus fragmentée et moins ambitieuse en termes de longueur. L'ouvrage commence par un faux avant-propos critique décrivant la carrière et la disparition en 2030 d'une artiste performeuse, Marie Marzouk. Le récit alterne entre son journal intime, où elle évoque son attirance pour les souterrains du métro parisien, et un second journal plus énigmatique évoquant une possible apocalypse. L'autrice y aborde des thèmes contemporains comme le changement climatique, la fluidité de genre et la condition des femmes vieillissantes, tout en proposant une forme narrative ludique et interactive, proche de l'underground littéraire.
Les deux romans partagent une fascination pour la performance, qu'elle soit artistique ou existentielle. Dans Les Lieux souterrains, le personnage principal évolue dans des milieux artistiques et criminels, tandis que dans Le Livre des souterrains, l'héroïne utilise les espaces souterrains comme scène de sa propre existence. Cette idée de performance renvoie à une forme littéraire libérée des contraintes traditionnelles, offrant une liberté radicale dans la narration. Les deux œuvres multiplient les récits et les perspectives, créant une dynamique énergique et innovante, à l'image de la rentrée littéraire 2026.
L'article situe ces deux romans dans le paysage littéraire contemporain, marqué par une tendance à l'expérimentation formelle et à l'exploration des marges. Gustavo Faverón Patriau s'inscrit dans une veine latino-américaine, héritière de figures comme Roberto Bolaño, tandis que Phoebe Hadjimarkos Clarke incarne une nouvelle génération d'autrices françaises explorant des thèmes sociaux et écologiques. Les deux ouvrages reflètent également une recherche de liberté créative, tant dans leur contenu que dans leur structure, s'éloignant des récits traditionnels pour proposer des expériences de lecture plus immersives et interactives.

