Les Maldives, étonnante étape utilisée par Moscou pour contourner les sanctions
Des cargaisons parties d’Europe sont réenregistrées sous une nouvelle identité à Malé, avant d’être réexpédiées vers Moscou. En épluchant documents de fret et échanges entre entreprises de logistique, “The Wall Street Journal” décrit comment cet archipel touristique s’est mué en discret maillon du contournement des sanctions par la Russie..
Les Maldives sont un État insulaire d'Asie du Sud situé dans l'océan Indien, composé de près de 1 200 îles dont seulement 200 sont habitées. Ce pays est surtout connu pour ses atouts touristiques, ses plages paradisiaques et ses infrastructures dédiées au tourisme de luxe. Cependant, depuis 2024, l'archipel est devenu un maillon discret dans une chaîne logistique utilisée par la Russie pour contourner les sanctions internationales imposées à Moscou après son invasion de l'Ukraine en 2022. Les autorités maldiviennes n'ont pas été mentionnées comme complices dans cet article, mais leur aéroport international de Malé, la capitale, sert de point de transit pour des marchandises en provenance d'Europe et à destination de la Russie.
Les sanctions contre la Russie désignent des mesures coercitives économiques et commerciales imposées par de nombreux pays, dont ceux de l'Union européenne et les États-Unis, à partir de 2022. Ces sanctions visent à punir la Russie pour son invasion de l'Ukraine en limitant son accès à des technologies, des équipements ou des financements jugés stratégiques. Parmi les produits interdits figurent des composants électroniques, des machines industrielles et des pièces détachées. La Russie cherche donc des moyens de contourner ces restrictions, notamment en utilisant des pays tiers comme les Maldives pour réexpédier des marchandises sous de nouvelles identités, rendant leur traçabilité plus difficile.
Une filière de contournement désigne un réseau organisé permettant de contourner des règles ou des restrictions, ici les sanctions économiques contre la Russie. Selon une enquête du Wall Street Journal publiée en septembre 2026, des cargaisons de marchandises interdites ou sous embargo, comme des pompes, des batteries ou des courroies, quittent l'Europe (par exemple Düsseldorf en Allemagne) pour être officiellement vendues à des pays comme le Kirghizistan. Ces marchandises font ensuite une escale aux Maldives, où leur destination finale est modifiée. Elles sont ensuite réexpédiées vers la Russie via des vols d'Aeroflot, la compagnie aérienne nationale russe. Les documents de transport sont falsifiés pour masquer l'origine des produits et leurs destinataires initiaux.
Aeroflot est la compagnie aérienne nationale de la Russie, fondée en 1923 et basée à Moscou. Elle joue un rôle central dans cette filière de contournement en assurant des vols réguliers entre les Maldives et la Russie. Selon l'enquête, un vol quotidien d'Aeroflot relie l'aéroport international de Malé à Moscou, avec une escale de deux heures. Pendant ce temps, des intermédiaires locaux aux Maldives prennent en charge les marchandises pour les réenregistrer sous une nouvelle identité avant leur réexpédition. Aeroflot n'est pas directement accusée de complicité, mais son utilisation systématique dans ce schéma soulève des questions sur les contrôles en place.
L'enquête du Wall Street Journal estime que plusieurs centaines de millions de dollars de marchandises interdites ou destinées à des entreprises sous embargo ont transité par l'aéroport de Malé entre 2024 et 2026. Ces marchandises incluent des produits américains, européens et chinois, qui sont officiellement enregistrés comme étant en transit aux Maldives, sans être considérés comme des importations maldiviennes. Cette pratique permet de brouiller les pistes et de rendre difficile le suivi des flux de marchandises par les autorités internationales. Les chiffres exacts ne sont pas précisés, mais l'ampleur du phénomène suggère une organisation logistique complexe et bien rodée.
Le mécanisme de falsification repose sur la modification des documents de transport et des destinataires des marchandises. Par exemple, une cargaison de pièces détachées vendues par une entreprise allemande à une société au Kirghizistan est ensuite réenregistrée aux Maldives comme étant destinée à une entreprise russe. Les nouveaux documents de transport ne mentionnent plus ni l'origine européenne des produits ni le vendeur initial. Cette falsification permet de masquer l'identité des acteurs impliqués et de contourner les sanctions en faisant croire que les marchandises proviennent d'un pays tiers non soumis aux restrictions, comme les Maldives.
L'article ne mentionne pas de réaction officielle des Maldives, de l'Union européenne ou des États-Unis concernant cette filière de contournement. Cependant, il souligne que ce schéma illustre les difficultés rencontrées par les pays occidentaux pour faire respecter les sanctions contre la Russie. Les autorités maldiviennes pourraient être interrogées sur leur rôle passif dans ce système, d'autant que leur aéroport est utilisé comme une plaque tournante logistique sans que les marchandises ne soient officiellement importées ou contrôlées. Ce cas met en lumière les limites des mécanismes de surveillance du commerce international.

