Mais pourquoi des scientifiques suisses ont demandé à des volontaires d'enterrer leurs sous-vêtements dans leur jardin
Dans un millier de jardins suisses, des volontaires ont enfoui des sous-vêtements enterrés en coton pendant deux mois. Leur dégradation permet aujourd'hui de cartographier l'activité biologique des sols..
Des scientifiques suisses du FIBL (Institut de recherche de l'agriculture biologique) ont lancé une expérience originale en 2026 : demander à des volontaires d'enterrer des sous-vêtements blancs en coton dans leur jardin pendant deux mois. L'objectif était d'évaluer la santé des sols en observant la décomposition des vêtements. Cette méthode, appelée test des sous-vêtements, est une façon simple et visuelle de mesurer l'activité biologique du sol, notamment la présence de vers de terre, de champignons et de bactéries. Ces organismes jouent un rôle clé dans la fertilité des sols en décomposant la matière organique et en recyclant les nutriments essentiels aux plantes. Les chercheurs espéraient ainsi obtenir des données sur la qualité des sols en Suisse et dans d'autres régions, sans avoir recours à des analyses de laboratoire coûteuses.
Le choix des sous-vêtements blancs en coton n'est pas anodin. Le coton est une fibre naturelle qui se dégrade facilement sous l'action des micro-organismes du sol. Les chercheurs ont utilisé des vêtements identiques pour tous les participants afin de standardiser les résultats. En enterrant ces sous-vêtements à une profondeur de 10 centimètres, ils ont pu observer leur état après deux mois. Une décomposition avancée indique un sol riche en vie microbienne et en vers de terre, signe d'une bonne santé écologique. À l'inverse, si les sous-vêtements restent intacts, cela peut révéler un sol pauvre, appauvri par des pratiques agricoles intensives ou l'usage de pesticides. Cette méthode, popularisée par des agronomes américains dans les années 2010, est aujourd'hui reprise par des scientifiques du monde entier pour évaluer la biodiversité des sols.
L'expérience a mobilisé des centaines de volontaires en Suisse, mais aussi dans d'autres pays européens comme la France, l'Allemagne ou l'Autriche. Les participants, issus de milieux variés (jardiniers amateurs, agriculteurs, citadins), ont reçu un kit contenant deux sous-vêtements en coton et des instructions précises pour les enterrer. Après deux mois, ils ont déterré les vêtements et envoyé des photos aux chercheurs pour analyse. Les résultats ont été comparés entre les différents sites, permettant d'établir une carte de la santé des sols en Europe. Cette approche participative, appelée science citoyenne, permet de collecter des données à grande échelle tout en sensibilisant le public à l'importance de la biodiversité des sols.
Les premiers résultats de l'étude suisse, publiés en 2026, montrent une grande disparité dans la décomposition des sous-vêtements selon les régions. Dans certains jardins, les vêtements étaient presque entièrement décomposés, signe d'un sol vivant et fertile. Dans d'autres, ils étaient à peine altérés, révélant des sols appauvris ou traités avec des produits chimiques. Ces données sont précieuses pour les agriculteurs et les décideurs politiques, car elles permettent d'identifier les zones où les pratiques agricoles doivent être améliorées. En Suisse, où l'agriculture biologique est en plein essor, cette étude pourrait servir de base pour promouvoir des méthodes plus durables. À l'échelle européenne, elle met en lumière l'urgence de protéger les sols, souvent négligés dans les débats sur l'environnement.
Au-delà de son utilité scientifique, cette expérience a aussi une vocation pédagogique. Elle permet de rendre visible ce qui est invisible : la vie cachée sous nos pieds. En enterrant un sous-vêtement et en observant sa transformation, les participants découvrent concrètement l'importance des vers de terre, des champignons et des bactéries pour la santé des sols. Cette méthode est souvent utilisée dans les écoles ou les ateliers de sensibilisation à l'écologie pour expliquer des concepts complexes comme la *biomasse microbienne* ou la *décomposition organique*. Elle illustre aussi comment la science peut être accessible et ludique, même pour des sujets aussi sérieux que la préservation de l'environnement.

