Le Canada fera «une tonne d’argent» avec le nouveau pipeline, fait miroiter Mark Carney
Le gouvernement nomme ce projet «Pacific Link», et promet 10 % de sa propriété aux Autochtones..
Le gouvernement canadien, dirigé par le premier ministre Mark Carney, a officiellement classé un nouveau projet d'oléoduc, nommé Pacific Link (Lien Pacifique), comme étant d'intérêt national. Cet oléoduc de 1 250 kilomètres doit relier les sables bitumineux de l'Alberta, près de Fort McMurray, à la côte ouest du Canada, en Colombie-Britannique. Selon Carney, ce projet permettrait au Canada de réaliser d'importants bénéfices économiques, bien que les coûts exacts pour le trésor public ne soient pas encore connus. La désignation d'intérêt national accélère les procédures administratives, car elle permet de contourner certaines lois fédérales, notamment environnementales, grâce à la Loi visant à bâtir le Canada (C-5), adoptée en juin 2025 sous une procédure parlementaire accélérée (bâillon).
Mark Carney affirme que le projet Pacific Link générera des avantages économiques tangibles pour le Canada. Ces bénéfices incluent la construction de l'oléoduc lui-même, l'augmentation de la production pétrolière en amont, un meilleur accès aux marchés internationaux et une réduction des écarts de prix sur le baril de pétrole. Le gouvernement mise sur cette infrastructure pour diversifier les exportations canadiennes, actuellement très dépendantes des États-Unis. Cependant, le coût total du projet n'est pas encore évalué, mais on sait que les gouvernements fédéral et albertain financeront environ 90 % des 4 milliards de dollars nécessaires pour la phase préliminaire. Les investisseurs privés, à l'exception d'une participation minoritaire de 10 % par l'entreprise Pembina Pipeline Corporation, n'ont montré aucun intérêt pour ce projet.
Le gouvernement canadien a annoncé que le projet Pacific Link pourrait faire progresser les intérêts des peuples autochtones. Ainsi, 10 % de la propriété du projet devrait être transférée aux Premiers peuples. Ottawa affirme avoir déjà mené les consultations nécessaires, bien que Mark Carney ait précisé que des discussions supplémentaires seraient menées dans une phase de consultations intensives. Cette annonce intervient dans un contexte où le gouvernement cherche à obtenir le soutien des communautés autochtones pour ce projet controversé. Aucune date précise n'a été donnée pour la réalisation de ces transferts de propriété.
Mark Carney a justifié la désignation d'intérêt national pour le projet Pacific Link par la nécessité d'offrir aux investisseurs une certitude réglementaire dans un contexte mondial volatil, dangereux et divisé. Selon lui, la vitesse, la certitude et la prévisibilité sont des atouts compétitifs pour attirer les capitaux étrangers. Ce cadre réglementaire, largement inspiré des politiques du gouvernement précédent de Justin Trudeau, permettrait de contourner certaines règles environnementales et administratives. Le premier ministre a également souligné que ce projet s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification des exportations énergétiques canadiennes.
Le projet Pacific Link suscite des critiques, notamment de la part du Bloc québécois, de l'organisation écologiste Greenpeace et du groupe Équiterre. Ces acteurs dénoncent la désignation d'intérêt national, qui, selon eux, contourne les règles environnementales et met en péril les engagements climatiques du Canada. Par ailleurs, le gouvernement Carney a annoncé renforcer la protection des animaux marins de la côte Pacifique, une mesure qui pourrait atténuer partiellement les critiques environnementales. Cependant, le premier ministre n'a pas abordé les conséquences du projet sur les émissions de gaz à effet de serre du pays, un point de tension majeur pour les opposants.
Le projet *Pacific Link* s'inscrit dans un contexte politique marqué par une campagne référendaire en Alberta, où les électeurs doivent se prononcer le 19 octobre 2026 sur 10 questions, dont une sur la possibilité d'un référendum pour la sécession de la province. Mark Carney était accompagné de la première ministre albertaine Danielle Smith lors de l'annonce, ce qui souligne l'importance accordée à ce projet par les deux paliers de gouvernement. Par ailleurs, le gouvernement américain, par la voix de son ambassadeur à Ottawa, a déjà salué ce projet, qui permettrait d'augmenter les exportations de pétrole canadien vers les États-Unis et au-delà. Enfin, le projet s'accompagne d'une entente avec l'Alberta pour construire un vaste complexe de stockage de carbone, bien qu'aucun calendrier ne soit encore disponible pour ce dernier.

