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Généraliste

« Pas besoin d’aller dans le futur pour vivre une dystopie », dit Giuliano da Empoli

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 28 j

Patrice Roy a discuté avec l'écrivain à l’occasion de la parution de son roman Le fondateur..

Giuliano da Empoli et ses romans

Giuliano da Empoli est un écrivain italien, auteur de deux romans à succès : Le mage du Kremlin, qui a connu un large écho international, et Le fondateur, paru au Canada le 8 octobre 2026. Dans son dernier ouvrage, il s'inspire de figures réelles du monde technologique, notamment Peter Thiel, cofondateur de PayPal et dirigeant de Palantir, une entreprise spécialisée dans l'analyse de données et le renseignement. Da Empoli utilise la fiction pour explorer les dynamiques de pouvoir autour de ces géants de la technologie, en s'appuyant sur des faits réels et récents. Son approche consiste à transformer des réalités complexes en récits accessibles, en mettant en scène des personnages puissants mais humains, avec leurs forces et leurs faiblesses. Il souligne que ses intrigues, bien que proches de la science-fiction, sont ancrées dans des événements passés ou présents, évitant ainsi les spéculations futuristes.

Panoptik : une entreprise de surveillance

Dans Le fondateur, l'entreprise fictive Panoptik incarne une menace dystopique pour la démocratie. Elle est dirigée par Alexander Zimmer, un personnage inspiré de Peter Thiel, et représente une société de surveillance hyperpuissante. Le nom Panoptik fait référence au panoptique, un concept architectural conçu par le philosophe Jeremy Bentham au XVIIIe siècle, où un gardien peut observer tous les détenus d'une prison sans être vu. Cette métaphore illustre l'idée d'une surveillance omniprésente et invisible, capable de contrôler les comportements. Dans le roman, Panoptik détient un pouvoir supérieur à celui des États, car elle peut influencer les décisions politiques, économiques et sociales grâce à l'analyse massive de données. Zimmer considère les élus politiques comme des mouches à fruit, c'est-à-dire des acteurs éphémères et superficiels, incapables de rivaliser avec la stabilité et l'influence à long terme des géants technologiques.

Dystopie actuelle, pas future

Giuliano da Empoli affirme que les dystopies ne sont pas réservées aux scénarios futuristes : elles se manifestent déjà dans notre réalité. Son roman Le fondateur se déroule dans un passé récent, et non dans un futur imaginaire, pour souligner que les mécanismes de pouvoir décrits sont déjà à l'œuvre. L'auteur insiste sur le réalisme de son récit, précisant que tous les éléments politiques, géopolitiques et technologiques mentionnés sont exacts et documentés. Il utilise la fiction comme un outil pour rendre tangibles des enjeux complexes, comme la concentration du pouvoir entre les mains de quelques individus ou entreprises. Cette approche permet de mieux comprendre les risques actuels pour les démocraties, où les institutions traditionnelles perdent leur influence au profit de structures privées opaques et ultra-puissantes.

Technologie et pouvoir politique

Dans son analyse, Giuliano da Empoli met en lumière le déséquilibre croissant entre les géants de la technologie et les États. Selon lui, ces entreprises, comme Panoptik, détiennent un pouvoir comparable, voire supérieur, à celui des gouvernements, car elles contrôlent des outils capables de façonner les comportements sociaux et économiques. Il critique la perception selon laquelle la technologie serait une force extérieure et incontrôlable, alors qu'elle est le fruit de choix humains et politiques. L'auteur appelle à une prise de conscience collective pour rééquilibrer ce rapport de force. Il estime que les citoyens et les institutions doivent reprendre le contrôle, car l'histoire montre que les sociétés ont toujours su adapter leurs structures de pouvoir face aux innovations technologiques.

Ce que ça pourrait changer

L'intrigue de *Le fondateur* se déroule à Marbella, une station balnéaire de la côte andalouse en Espagne, connue pour son luxe et son statut de lieu de villégiature privilégié. Ce cadre est utilisé par l'auteur pour illustrer un paradoxe : un décor idyllique et ensoleillé abrite des négociations et des conflits de pouvoir parmi les élites technologiques et politiques. Marbella symbolise ainsi l'écart entre l'apparente tranquillité de la vie quotidienne et les enjeux de domination qui se jouent en coulisses. Ce choix géographique renforce l'idée que les dystopies ne sont pas des scénarios lointains, mais des réalités qui peuvent émerger dans des lieux familiers, où se croisent richesse, influence et vulnérabilités humaines.

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