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Philosophie

Violences sexistes et sexuelles à l’université

AOC Media · mis à jour 6 juil.

L'université française a fait de l'égalité une priorité affichée. Elle a créé des cellules, des chartes, des plateformes, des formations.

Université et égalité affichée

L’université française se présente comme engagée en faveur de l’égalité entre les sexes, avec la mise en place de dispositifs comme des cellules, des chartes, des plateformes ou encore des formations dédiées. Ces mesures symboliques visent à montrer une volonté de changement. Cependant, selon l’auteure, elles ne remettent pas en cause les logiques de domination ancrées dans le fonctionnement même de l’institution universitaire. Ces logiques favorisent un environnement où les violences sexistes et sexuelles (VSS) peuvent se développer. Les baronnies, c’est-à-dire les réseaux de pouvoir informels souvent dirigés par des figures influentes, protègent les agresseurs en minimisant ou en niant les faits. Par ailleurs, les procédures internes, censées protéger les victimes, épuisent ces dernières au point de les dissuader de porter plainte ou de témoigner.

Un drame révélateur

En 2020, une doctorante contractuelle de l’université de Lorraine s’est suicidée, laissant un message dans lequel elle accusait son directeur de thèse de comportements inappropriés. Ces agissements étaient déjà connus et signalés au sein de l’institution, mais aucune mesure concrète n’avait été prise pour protéger la victime ou sanctionner l’agresseur. Cet événement tragique a servi de déclic pour la création du Collectif de lutte contre le harcèlement à l’Université (Cha-U), fondé peu après par des personnels et étudiant·es. Ce collectif a pour objectif de sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR) et de réfléchir à des solutions pour y faire face.

Chiffres alarmants

Les violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur sont un phénomène répandu. Selon les données de l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur, une enquête nationale de 2020 et un baromètre de 2023 révèlent qu’1 étudiant·e sur 10 a subi une agression sexuelle, et 1 sur 20 un viol. Ces chiffres illustrent l’ampleur du problème. Par ailleurs, la précarité étudiante aggrave la vulnérabilité des victimes : 25 % des étudiant·es vivent avec moins de 100 € par mois après avoir payé leur loyer, ce qui limite leurs possibilités de se défendre ou de quitter un environnement toxique. La santé mentale des étudiant·es est également préoccupante, avec moins d’1 étudiant·e sur 2 se considérant en bonne santé mentale.

Spécificités des VSS à l’université

Les violences sexistes et sexuelles dans l’ESR présentent des caractéristiques particulières liées au contexte académique. La relation entre enseignant·es et étudiant·es est marquée par une autorité intellectuelle qui peut être perçue comme un prestige, limitant la capacité des étudiant·es à donner un consentement libre. Cette dynamique est d’autant plus problématique que les étudiant·es précaires, souvent dépendant·es financièrement ou professionnellement de leurs encadrant·es, se retrouvent dans une position de vulnérabilité accrue. Le Cha-U a étudié ces rapports de domination, qualifiés d’habitus académiques, qui restent un impensé majeur dans les réflexions sur l’égalité. Ces habitus, c’est-à-dire des comportements et normes intériorisés, perpétuent des inégalités structurelles.

Rôle des dispositifs EDI

Les dispositifs Égalité-Diversité-Inclusion (EDI) ont été mis en place dans les universités pour lutter contre les discriminations et les violences. Cependant, leur efficacité est limitée par plusieurs facteurs. D’une part, ces dispositifs sont souvent perçus comme des mesures cosmétiques, sans impact réel sur les structures de pouvoir existantes. D’autre part, les procédures internes, bien que conçues pour protéger les victimes, peuvent être longues, complexes et traumatisantes, ce qui décourage les victimes de déposer plainte. En 2025, la Conférence Permanente des chargé·es de mission Égalité Diversité a annoncé le lancement d’un nouveau dispositif, mais son efficacité reste à démontrer.

Ce que ça pourrait changer

Dans la quasi-totalité des cas de violences sexistes et sexuelles signalés au Cha-U au cours des cinq dernières années, les agresseurs étaient des hommes. Cette observation confirme les données des enquêtes sur le sujet, qui montrent que les violences sexistes et sexuelles dans l’ESR sont majoritairement perpétrées par des hommes. Cette statistique souligne l’importance de cibler les comportements masculins dans les campagnes de prévention et de sensibilisation. Elle met également en lumière la nécessité de remettre en question les normes de genre qui perpétuent ces violences.

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