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« Un climat de crise assez marqué » : Toyota n’a plus les mêmes certitudes

Numerama · mis à jour il y a 16 j

Face à la vitesse de développement de BYD et de Tesla, l'ambiance n'est plus à la certitude chez le numéro un mondial. Entre aveux d'ingénieurs désemparés et projet de secours à l'échelle du Japon, Toyota voit le doute grandir..

Toyota perd son avance

Toyota, leader mondial de l'automobile depuis des décennies, voit son avance s'éroder face à la concurrence asiatique, notamment chinoise. Pendant des années, le constructeur japonais a misé sur les véhicules hybrides, estimant que le marché ne basculerait pas rapidement vers l'électrique. Cependant, la Chine a transformé son industrie automobile à un rythme fulgurant, tandis que Tesla imposait ses standards logiciels. En juillet 2026, le président du conseil d'administration d Toyota, Akio Toyoda, a admis l'existence d'un « climat de crise assez marqué » au sein de l'entreprise. Cette reconnaissance publique est rare pour un dirigeant japonais et marque un tournant dans l'histoire de la marque. Les ingénieurs de Toyota reconnaissent désormais perdre du terrain face à la Chine, non seulement en termes de véhicules, mais aussi en vitesse de développement industriel.

Difficultés face à l'électrique

Toyota a longtemps privilégié les véhicules hybrides, une technologie où il excelle, plutôt que de se lancer pleinement dans l'électrique. Cette stratégie a été remise en question par la montée en puissance des constructeurs chinois comme BYD, qui développent des véhicules 100 % électriques à des coûts bien inférieurs. En 2026, Toyota a dû annuler son projet le plus ambitieux, la Lexus LF-ZC, un véhicule électrique équipé de batteries solides, pourtant présenté comme le fleuron de sa nouvelle génération. De plus, la prochaine génération de Corolla, prévue pour incarner le virage électrique de la marque, reste conçue sur une plateforme multi-énergie, capable de fonctionner avec des moteurs essence, hybrides ou électriques. Cette approche limite l'optimisation des véhicules électriques, contrairement aux concurrents chinois qui conçoivent des architectures 100 % électriques, plus légères et moins coûteuses.

Ingénieurs sous pression

Les équipes techniques de Toyota expriment ouvertement leur inquiétude face à la concurrence asiatique. Un ingénieur a déclaré sans détour : « Je pense que nous sommes en train de perdre du terrain face à la Chine. » Ce qui inquiète particulièrement les équipes, c'est la vitesse à laquelle les constructeurs chinois comme BYD développent leurs véhicules, renouvellent leurs gammes et réduisent leurs coûts. Toyota, qui a longtemps été une référence en matière de méthodes de production, se retrouve aujourd'hui dépassé par cette agilité industrielle. Cette prise de conscience intervient après des années de confiance affichée dans la supériorité de ses propres méthodes.

Alliance nationale japonaise

Face à cette crise, Koji Sato, patron de Toyota et président de la JAMA (Japan Automobile Manufacturers Association, l'association des constructeurs automobiles japonais), propose une solution radicale : une standardisation industrielle massive entre les grands constructeurs japonais (Toyota, Nissan, Honda, Mazda, Subaru, Mitsubishi et Suzuki). L'objectif est de mutualiser la conception des pièces invisibles pour les clients, comme les alliages d'acier, les formules de plastique ou les faisceaux électriques. Selon Koji Sato, cette uniformisation pourrait multiplier par dix la productivité grâce à l'automatisation et réduire considérablement les coûts de production. L'idée est de libérer des ressources pour investir dans des domaines où les concurrents chinois excellent : les logiciels, l'architecture électronique, la chimie des batteries et la vitesse de rechargement. Koji Sato a averti : « À moins que les choses ne changent, nous ne survivrons pas. »

Défis de l'alliance

Bien que l'idée d'une alliance entre constructeurs japonais semble prometteuse, elle se heurte à des obstacles majeurs. Historiquement, les constructeurs japonais ont toujours privilégié leur indépendance, et les tentatives de collaboration ont souvent échoué, comme le projet avorté entre Nissan et Honda. De plus, les analystes estiment que cette alliance pourrait arriver trop tard face à l'intégration verticale des géants chinois comme BYD ou Geely, qui contrôlent toute leur chaîne de production. Enfin, il reste à voir si les constructeurs japonais parviendront à mettre de côté leurs rivalités et leurs égos pour adopter une approche commune. La question de la survie de l'industrie automobile japonaise est désormais posée.

Ce que ça pourrait changer

L'aveu d'un *« climat de crise assez marqué »* par Akio Toyoda en juillet 2026 est un événement rare pour un dirigeant japonais. Historiquement, Toyota a toujours affiché une confiance inébranlable dans ses méthodes, même face aux crises. En 2009-2010, une crise de rappels avait déjà poussé Akio Toyoda à présenter des excuses publiques à la télévision japonaise, mais cette fois, le constat est bien plus large. Le dirigeant a admis se sentir isolé face au consensus en faveur des véhicules électriques (VE) et a reconnu que Toyota n'avait pas anticipé la vitesse du virage électrique. Ces déclarations marquent un changement de ton significatif pour une entreprise qui a longtemps dominé le marché automobile mondial grâce à sa prudence et sa rigueur industrielle.

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