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Droit

Syrie : parmi les disparus, quelques survivants

ONU : Droits humains · mis à jour il y a 14 j

Depuis la chute de Bachar al-Assad, les prisons ont été ouvertes et les archives fouillées. Pourtant, 19 mois après la fin du régime, la Syrie reste hantée par une question à laquelle personne ne sait encore répondre : que sont devenues les dizaines, voire les centaines de milliers de personnes disparues au cours d’un demi-siècle de dictature, de guerre et de violences ?.

Une crise humaine majeure

En Syrie, la disparition de personnes est un phénomène massif et généralisé. Selon Karla Quintana, responsable d’une institution onusienne créée en 2023 pour localiser les disparus, chaque Syrien connaît directement ou indirectement une personne disparue. Les estimations varient entre 130 000 et 300 000 disparus, mais ce chiffre pourrait être sous-estimé. Les disparitions concernent des prisonniers du régime, des exilés sur les routes de la migration, ou des personnes dont le sort reste inconnu. Cette crise dépasse le cadre humanitaire : elle bloque toute perspective de stabilité et de réconciliation en Syrie. Malgré plus d’un an et demi de travail, l’ampleur exacte de cette tragédie reste difficile à établir, car les données sont dispersées et incomplètes.

Des survivants identifiés

L’institution dirigée par Karla Quintana a déjà analysé plus de 75 000 documents, soit neuf fois plus qu’un an auparavant. Parmi les découvertes les plus marquantes figure l’identification de plus de 600 cas de personnes disparues encore en vie. Certains ont déjà retrouvé leur famille, brisant ainsi le silence autour de ces destins. Cette révélation montre que le terme disparu recouvre des réalités variées : enlevés par des groupes armés comme l’État islamique, migrants perdus en exil, enfants séparés de leurs proches, ou victimes de la traite d’êtres humains. L’objectif prioritaire reste de retrouver les vivants avant de se concentrer sur les victimes décédées.

Les fosses communes en Syrie

Les équipes onusiennes ont déjà documenté des centaines de fosses communes à travers la Syrie, un travail colossal de cartographie et de collecte d’informations ayant été transmis aux autorités locales. Cependant, l’identification des victimes s’annonce longue et complexe. Les autorités syriennes envisagent de reporter l’ouverture systématique de certaines fosses jusqu’en 2027 ou 2028 pour mettre en place les capacités techniques nécessaires. Une exhumation précipitée pourrait en effet compromettre définitivement les possibilités d’identification des restes. Ce défi rappelle d’autres crises mondiales, comme les disparitions forcées en Amérique latine ou les enfants disparus en Argentine, mais la Syrie combine guerre civile, déplacements massifs et enlèvements, ce qui en fait un cas unique.

Une coopération en construction

Depuis la chute du régime syrien, l’institution onusienne a obtenu un accès au pays, ce qui était impossible auparavant. Elle collabore désormais avec la commission nationale syrienne chargée des personnes disparues et plusieurs ministères sur des projets communs, comme la gestion des fosses communes ou la construction d’un système national de recherche. Cependant, un obstacle persiste : depuis mai 2025, l’institution demande l’autorisation d’ouvrir un bureau permanent en Syrie, sans succès à ce jour. Les autorités syriennes expliquent examiner simultanément les demandes d’autres agences de l’ONU. En attendant, les enquêteurs poursuivent leur travail depuis l’extérieur tout en multipliant les missions sur le terrain.

Ce que ça pourrait changer

Pour Karla Quintana, retrouver les disparus en Syrie exige des années de travail, des institutions solides et une circulation constante de l’information. Elle insiste sur le fait que *personne ne peut réussir seul* dans cette tâche. Les familles syriennes, qui attendent parfois des réponses depuis des décennies, représentent le cœur de cette quête. La recherche des disparus n’est pas seulement une question administrative ou technique : elle est avant tout un enjeu humain et moral. Sans ces réponses, toute perspective de paix durable et de réconciliation en Syrie reste incertaine.

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