Le plus grand projet gazier offshore de la Colombie se heurte à un village de pêcheurs
Le projet Sirius doit permettre à la Colombie de réduire sa dépendance aux importations. Mais son gazoduc doit traverser les zones de pêche et les sites sacrés de la communauté autochtone locale, qui freine le processus de consultation préalable, relate la presse colombienne..
Le projet Sirius représente le plus grand projet gazier offshore jamais envisagé en Colombie. Porté par Ecopetrol, la compagnie pétrolière nationale colombienne, et Petrobras Colombia, la filiale locale du géant brésilien Petrobras, ce projet vise à exploiter un gisement de gaz naturel situé en mer des Caraïbes. Selon les estimations, ce gisement pourrait contenir plus de 170 milliards de mètres cubes de gaz, ce qui permettrait de quadrupler les réserves colombiennes actuelles, estimées à 48 milliards de mètres cubes fin 2025. L'objectif est de réduire la dépendance du pays aux importations de gaz, un enjeu stratégique pour son économie. Le projet inclut la construction d'un gazoduc de 117 kilomètres pour acheminer le gaz vers le département de La Guajira, où il sera ensuite distribué dans tout le pays.
Le village de pêcheurs de Taganga, situé dans les Caraïbes colombiennes, est devenu un obstacle majeur au projet Sirius. Cette communauté, inscrite au registre des communautés indigènes, s'oppose au projet en raison de ses craintes pour ses zones de pêche traditionnelles et ses sites sacrés. Le gouvernement colombien est tenu, par la loi, de mener des consultations préalables avec les communautés autochtones et locales avant tout projet d'exploitation des ressources naturelles sur leur territoire. Ces consultations visent à recueillir leur accord et à évaluer les impacts potentiels. Cependant, le Conseil autochtone de Taganga freine le processus, exigeant des garanties sur la préservation de leur mode de vie et de leur environnement.
Le projet Sirius est présenté comme une solution pour sécuriser l'approvisionnement énergétique de la Colombie, un pays où les réserves de gaz s'épuisent. En 2025, le pays importait une partie de son gaz, ce qui pesait sur son budget. Cependant, le projet soulève des questions environnementales et sociales. Les pêcheurs locaux craignent que les installations offshore et le gazoduc ne perturbent les écosystèmes marins, essentiels à leur subsistance. De plus, les communautés autochtones dénoncent un manque de transparence et de compensation équitable. Le conflit illustre les tensions entre développement économique et protection des droits des populations locales, un dilemme récurrent dans les projets d'exploitation des ressources naturelles.
La Colombie est tenue, par des conventions internationales et sa propre législation, de respecter les droits des peuples autochtones avant d'autoriser des projets extractifs sur leurs terres. Le processus de consultation préalable, obligatoire, est actuellement bloqué par l'opposition de la communauté de Taganga. Les autorités et les entreprises doivent trouver un terrain d'entente pour éviter un blocage définitif du projet. Ce dernier pourrait, s'il aboutit, transformer le paysage énergétique colombien, mais son échec ou son retard aurait des conséquences économiques et sociales. Le gouvernement doit donc arbitrer entre les impératifs économiques et les droits des communautés locales, un exercice complexe dans un pays marqué par des inégalités sociales et des tensions territoriales.

