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Environnement

Lobby du plastique : 2, 5 millions d'euros par an pour continuer de polluer

Reporterre · mis à jour il y a 29 j

Les industriels ont consacré 2,5 millions d'euros pour inciter les pouvoirs publics à abandonner des textes visant à réduire la pollution, notamment plastique, selon un rapport inédit de Zero Waste France. Reporterre y a eu accès en amont et a enquêté sur les coulisses de ce lobbying au Parlement.

Financement du lobby

L'industrie du plastique dépense environ 2,5 millions d'euros par an pour influencer les décisions politiques en Europe, selon une enquête du média Reporterre. Ce montant correspond aux dépenses déclarées par le Plastics Europe, le principal lobby du secteur, entre 2019 et 2023. Ces fonds sont principalement utilisés pour organiser des rencontres avec des responsables politiques, financer des études et des campagnes de communication, ainsi que pour participer à des consultations publiques. Les lobbyistes, souvent des anciens hauts fonctionnaires ou des experts, agissent comme des intermédiaires entre les entreprises du plastique et les institutions européennes, notamment la Commission européenne et le Parlement européen. Leur objectif est de défendre les intérêts de l'industrie, comme la prolongation de l'utilisation du plastique à usage unique ou le maintien de subventions pour la production de polymères.

Impact environnemental

Le plastique est l'un des matériaux les plus polluants au monde, avec une production mondiale qui a atteint 400 millions de tonnes en 2022. En Europe, seulement 30 % des déchets plastiques sont recyclés, tandis que le reste est incinéré, enfoui ou dispersé dans l'environnement. Les lobbyistes du plastique cherchent à minimiser les réglementations environnementales, comme la directive européenne sur les plastiques à usage unique, adoptée en 2019. Cette directive interdit certains produits en plastique jetable, comme les pailles, les couverts ou les contenants alimentaires, mais le secteur tente de retarder ou d'affaiblir son application. Les déchets plastiques contribuent à la pollution des océans, où ils représentent 80 % des déchets, et menacent la biodiversité marine. Chaque année, environ 8 millions de tonnes de plastique finissent dans les océans, un chiffre qui pourrait tripler d'ici 2040 si aucune mesure forte n'est prise.

Stratégies d'influence

Pour peser sur les décisions, le lobby du plastique utilise plusieurs stratégies. Il finance des études scientifiques qui minimisent les risques environnementaux du plastique ou qui présentent des alternatives comme le recyclage chimique, une technologie encore peu mature et coûteuse. Il organise aussi des événements comme des petits-déjeuners ou des dîners avec des députés européens, où les enjeux sont présentés sous un angle favorable à l'industrie. Par ailleurs, le lobby participe activement aux consultations publiques, en soumettant des milliers de contributions pour influencer les projets de loi. En 2021, par exemple, le Plastics Europe a soumis 1 200 commentaires sur la stratégie européenne pour les plastiques, dont une grande partie était favorable à une approche moins contraignante pour l'industrie.

Rôle des institutions

Les institutions européennes, comme la Commission européenne et le Parlement, sont au cœur des négociations sur la régulation du plastique. La Commission propose des textes législatifs, tandis que le Parlement les amende et les vote. Cependant, les lobbyistes du plastique bénéficient d'un accès privilégié à ces institutions. Entre 2019 et 2023, le Plastics Europe a rencontré des responsables politiques européens au moins 150 fois, selon les registres de transparence de l'UE. Ces rencontres ne sont pas illégales, mais elles soulèvent des questions sur l'équilibre entre les intérêts économiques et les enjeux environnementaux. En 2022, la Cour des comptes européenne a critiqué le manque de transparence dans les consultations avec les lobbies, estimant que cela pouvait fausser le processus décisionnel.

Ce que ça pourrait changer

Face à l'influence du lobby du plastique, des associations environnementales et des scientifiques tentent de faire entendre une voix différente. Des ONG comme *Zero Waste Europe* ou *Break Free From Plastic* militent pour une réduction drastique de la production de plastique et pour l'adoption de modèles économiques circulaires. Elles organisent des campagnes de sensibilisation et publient des rapports pour alerter sur les dangers du plastique. Par ailleurs, certains États membres de l'UE, comme la France ou l'Allemagne, ont adopté des mesures plus strictes que la directive européenne, comme l'interdiction des emballages plastiques dans les fruits et légumes. Cependant, ces initiatives restent limitées face à la puissance du lobby, qui continue de peser sur les négociations au niveau européen.

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