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Généraliste

Généalogie du consentement contraint chez les femmes victimes de violences sexuelles

Le Devoir · mis à jour 3 oct.

La disqualification de la parole des femmes est le verrou sémantique qui maintient la domination..

Consentement binaire illusoire

L’article remet en cause l’idée que le consentement en matière de relations sexuelles serait un simple choix binaire, réduit à un oui ou un non isolé. Cette vision libérale ignore les rapports de force qui influencent la décision. Par exemple, en juillet 2025, cinq joueurs de hockey junior canadiens ont été acquittés d’accusations d’agression sexuelle après un procès où le témoignage de la plaignante a été jugé ni crédible ni fiable par la juge. Pourtant, un comité indépendant a conclu en août 2026 que ces mêmes joueurs avaient enfreint le code de conduite de leur organisation. Ces verdicts opposés montrent que la justice ne reflète pas toujours la réalité des faits, mais dépend des cadres institutionnels et des normes patriarcales. Le consentement, dans ce contexte, n’est pas un acte libre, mais souvent une réponse contrainte par des structures de pouvoir.

Violence symbolique patriarcale

La violence symbolique désigne un pouvoir exercé de manière invisible, où les dominés intériorisent les normes des dominants sans en avoir conscience. Dans une société patriarcale, cette violence se manifeste par l’habitus, un concept du sociologue Pierre Bourdieu désignant des schèmes de perception intériorisés dès l’enfance qui naturalisent les inégalités entre les sexes. Par exemple, une femme peut douter de la légitimité de son inconfort face à des comportements sexistes, car ces normes lui ont été transmises comme normales. Cette disqualification précoce de la parole féminine rend le consentement contraint invisible, tant pour la société que pour la victime elle-même. Les microagressions quotidiennes, comme les commentaires sexistes ou les regards insistants, font partie de ce continuum de violence symbolique qui prépare le terrain aux agressions plus graves.

Masculinité hégémonique

La masculinité hégémonique est un modèle de virilité valorisé dans la société, fondé sur le contrôle, la conquête et l’invulnérabilité. Ce modèle légitime la prédation sexuelle en offrant une tolérance systémique aux hommes puissants. Par exemple, un mentor ou une vedette sportive bénéficie d’une présomption de respectabilité qui neutralise les soupçons de comportement inapproprié. La philosophe Miranda Fricker parle d’injustice testimoniale pour décrire comment la parole des femmes est systématiquement présumée émotionnelle ou subjective, tandis que celle des hommes puissants est perçue comme rationnelle et crédible. Cette asymétrie discursive permet aux agresseurs de bénéficier d’un bouclier social et juridique.

Capitalisme néolibéral précarité

Le capitalisme néolibéral aggrave la contrainte exercée sur les femmes en précarisant leur situation économique. Face à la multiplication des contrats fragiles et à la dépendance envers les réseaux d’influence, accepter une relation imposée ou tolérer des comportements sexistes peut devenir une modalité de survie. Par exemple, une employée en contrat précaire peut craindre de perdre son emploi si elle refuse des avances de son supérieur. Cette précarité économique se combine avec la violence symbolique pour fabriquer un consentement contraint, où le non n’est plus un choix libre, mais une stratégie de protection. Les structures matérielles et culturelles s’articulent ainsi pour neutraliser l’autonomie des femmes.

Continuum de microagressions

L’autrice Liz Kelly décrit la violence sexuelle comme un continuum de microagressions quotidiennes, telles que les blagues objectifiantes, les regards insistants ou les interruptions systématiques de la parole. Ces comportements, souvent minimisés, constituent les premières strates d’un apprentissage de la domination. Par exemple, une femme qui subit des commentaires sexistes dès l’adolescence peut intérioriser l’idée que ces remarques sont normales, ce qui rend plus difficile un refus ultérieur. Ce continuum du silence impose un coût social au refus : formuler un non explicite expose la femme à une dévalorisation de son identité ou à des représailles. La chercheuse Nicola Gavey montre que ces interactions sont régies par des discours sexuels hétéronormatifs rigides, qui légitiment une sexualité masculine active et une sexualité féminine passive.

Injustice testimoniale judiciaire

L’injustice testimoniale, concept de Miranda Fricker, désigne un déficit de crédibilité structurellement imposé aux femmes en raison de stéréotypes misogynes. Par exemple, dans le procès de 2025, la juge a conclu que le témoignage de la plaignante était ni crédible ni fiable, non pas en raison de son contenu, mais en raison d’une présomption de subjectivité. Ce mécanisme se prolonge dans l’arène judiciaire, où la parole des femmes est systématiquement invalidée au profit de celle des hommes puissants. Le droit, forgé par et pour les classes dominantes, applique des normes patriarcales qui confortent cette injustice. Par exemple, la construction de la victime idéale, un standard irréaliste exigeant un récit linéaire et une dénonciation immédiate, sert à disqualifier les témoignages des femmes traumatisées dont la mémoire est fragmentée.

Verrouillage juridique impunité

Le système judiciaire, en appliquant des standards de preuve biaisés, consacre l’impunité des dominants et l’inexistence légale du consentement contraint. Par exemple, le procès de 2025 a échoué à reconnaître l’absence de consentement, tandis qu’un comité indépendant a conclu en 2026 que les accusés avaient enfreint le code de conduite de leur organisation. Cette divergence illustre que la vérité judiciaire n’est pas un miroir des faits, mais le produit des cadres institutionnels. Le droit, en validant certains sujets et en disqualifiant d’autres, fonctionne comme un dispositif de pouvoir qui entérine l’injustice testimoniale. La région postérieure, concept d’Erving Goffman, désigne les espaces clos où les violences se déploient à l’abri des regards, tandis que la façade publique de l’agresseur reste intacte.

Ce que ça pourrait changer

Pour briser le verrou sémantique qui maintient la domination masculine, l’article plaide pour une *lutte politique et sémantique* capable de démanteler la violence symbolique ordinaire. Le mouvement #MeToo a constitué une *rupture épistémologique* en offrant aux femmes les mots pour décrire leur douleur et en faisant passer leur vécu de l’ombre à la lumière. Cependant, la transposition de cette parole libérée dans l’arène judiciaire se heurte aux résistances d’un droit construit sans la voix des femmes. La solution ne réside pas uniquement dans la modification des standards probatoires, mais dans une transformation profonde des normes sociales et des rapports de pouvoir. Cela implique de restituer aux femmes leur pouvoir de décrire leur vécu et de reconnaître la légitimité de leur voix, afin que le consentement puisse enfin s’affranchir de l’emprise des structures patriarcales.

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