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Droit

« On bureaucratise l’euthanasie pour la rendre acceptable » : le regard très critique de Didier Sicard sur la loi créant une aide à mourir

Le Monde : Fin de vie · mis à jour il y a 17 j

Le professeur de médecine émérite a longtemps dirigé le Comité national consultatif d’éthique, dont il est aujourd’hui président d’honneur. Dans un entretien au « Monde », il regrette que la loi adoptée le 15 juillet « déresponsabilise » les médecins et exonère la société de sa « responsabilité d’accompagner les plus fragiles »..

Didier Sicard, expert

Didier Sicard est un professeur de médecine émérite, c'est-à-dire qu'il a terminé sa carrière académique tout en conservant un titre honorifique. Il a également été président du Comité national consultatif d’éthique (CNCE) de 1999 à 2008, puis président d’honneur de cette même institution. Le CNCE est un organisme indépendant français qui donne des avis sur les questions éthiques liées aux progrès scientifiques et médicaux. En 2000, sous sa présidence, le CNCE a rendu un avis proposant un cadre juridique pour encadrer les pratiques d’euthanasie à la demande d’un patient. Cet avis visait à protéger les médecins qui pratiqueraient une euthanasie, tout en soulignant les enjeux éthiques de cette pratique.

Inspiration loi 2016

En 2012, Didier Sicard a remis un rapport intitulé « Penser solidairement la fin de vie » au président de la République française de l’époque, François Hollande. Ce rapport a servi de base à la loi Claeys-Leonetti, adoptée en 2016. Cette loi encadre les droits des patients en fin de vie, notamment en autorisant la sédation profonde et continue jusqu’au décès sous certaines conditions, comme une souffrance réfractaire aux traitements. Elle a également renforcé les droits des patients à refuser un traitement, même si cela peut entraîner leur mort. Didier Sicard a donc joué un rôle clé dans l’élaboration de cette législation, qui reste un cadre de référence en France pour les questions de fin de vie.

Critique loi 2023

Didier Sicard critique sévèrement la proposition de loi sur l’aide à mourir, adoptée définitivement par l’Assemblée nationale française le 15 juillet 2023. Selon lui, cette loi repose sur une liberté fictive du malade, c’est-à-dire une liberté qui n’est pas réelle en pratique. Il estime que la loi bureaucratise la demande d’une mort assistée, en la soumettant à des procédures administratives complexes qui pourraient décourager ou retarder les demandes. De plus, il considère que cette loi déresponsabilise les médecins, car elle leur transfère une partie de la décision sur la fin de vie, tout en les exposant à des risques juridiques. Pour Sicard, cette approche exonère également la société de sa responsabilité d’accompagner les personnes vulnérables, comme les personnes âgées ou handicapées.

Ce que ça pourrait changer

Pour Didier Sicard, la question de l’aide à mourir soulève des enjeux éthiques majeurs. Il craint que la légalisation de cette pratique ne conduise à une *normalisation* de la mort assistée, ce qui pourrait, à terme, remettre en cause le principe de protection de la vie humaine. Il souligne que la société a une responsabilité collective envers les personnes vulnérables, et que la légalisation de l’aide à mourir pourrait être perçue comme une solution de facilité pour éviter de prendre en charge ces personnes. Sicard met en garde contre une approche qui privilégierait la mort à l’accompagnement, notamment pour les personnes âgées ou handicapées, dont la vulnérabilité pourrait être exacerbée par un cadre juridique permissif.

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