Pourquoi le PIB par habitant en Chine reste-t-il bas par rapport à la France ?
L’ESSENTIEL La Chine est la première puissance économique en parité de pouvoir d’achat et la deuxième en valeur nominale. Entre démographie, inégalités et dépendance à son secteur industriel, la République populaire de Chine garde un PIB par habitant beaucoup plus faible que la France.
En 2025, la Chine affiche un produit intérieur brut (PIB) nominal de 17 368 milliards d’euros, ce qui en fait la deuxième économie mondiale derrière les États-Unis. En parité de pouvoir d’achat (PPA), qui ajuste la valeur des biens et services en fonction du coût de la vie, la Chine dépasse même les États-Unis avec un PIB PPA de 36 497 milliards d’euros. Le PIB nominal mesure la richesse produite dans un pays à prix courants, tandis que le PIB PPA permet de comparer les niveaux de vie entre pays en neutralisant les différences de prix. Malgré ces chiffres impressionnants, le PIB par habitant en Chine reste bien inférieur à celui de la France : 25 975 euros contre 58 651 euros. Cette différence s’explique par la taille de la population chinoise, près de 1,4 milliard d’habitants, soit vingt fois celle de la France (69 millions).
La Chine fait face à un défi démographique majeur : depuis 2022, le nombre de décès dépasse celui des naissances, et la population en âge de travailler diminue rapidement. Ce phénomène, appelé « dividende démographique inversé », réduit la croissance économique potentielle. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la contraction de la force de travail pourrait retrancher entre 0,5 et 1 point de croissance annuelle du PIB par habitant sur les deux prochaines décennies, sauf si des gains d’efficacité (automatisation, hausse de l’âge de la retraite) compensent cette tendance. Par ailleurs, le vieillissement de la population augmente les dépenses liées aux retraites, car un nombre réduit d’actifs doit financer les pensions d’une population inactive plus nombreuse. Ces évolutions démographiques pèsent sur la capacité de la Chine à maintenir une croissance élevée.
Le PIB par habitant est une moyenne qui masque des inégalités importantes. En Chine, les disparités de revenus sont comparables à celles des États-Unis et bien supérieures à celles de la France. Selon le World Inequality Lab, les 10 % des Chinois les plus riches captent environ 42 % du revenu national, tandis que la moitié la moins aisée n’en perçoit que 15 %. Le coefficient de Gini, un indicateur qui mesure les inégalités (0 = égalité parfaite, 1 = inégalité maximale), atteint des niveaux élevés en Chine, reflétant une concentration extrême des richesses. Ces inégalités réduisent le pouvoir d’achat global et limitent la consommation intérieure, freinant ainsi la croissance économique.
L’économie chinoise repose encore largement sur l’industrie, les exportations et la construction, des secteurs qui génèrent moins de richesse par salarié que les services à forte valeur ajoutée, comme la recherche, la finance ou les technologies numériques. Une étude de McKinsey montre que pour produire un dollar de PIB, la Chine investit 70 % de capital productif en plus que les économies occidentales. Le secteur immobilier, qui a représenté jusqu’à 30 % du PIB chinois pendant près de vingt ans, illustre ces déséquilibres. Les ménages ont massivement investi dans l’immobilier, tandis que les collectivités locales dépendaient des ventes de terrains pour financer leurs dépenses. Aujourd’hui, la crise immobilière pèse sur l’investissement, la consommation et la croissance potentielle, avec des finances locales paralysées et une épargne de précaution accrue.
Le PIB par habitant ne reflète pas nécessairement le niveau de développement ou le bien-être d’une population. L’*Indice de Développement Humain* (IDH), créé par l’économiste Amartya Sen, intègre des critères comme l’espérance de vie, l’éducation et le niveau de vie. La France, avec un PIB par habitant en PPA inférieur à celui des États-Unis, affiche un IDH similaire grâce à ses services publics, son système de santé et son économie équilibrée. La Chine, malgré sa puissance économique, pourrait voir son IDH progresser si elle améliore l’inclusion sociale, la résilience face aux crises et la conversion des richesses produites en services publics de qualité. Le défi pour la Chine est de réinventer son modèle socio-économique pour offrir à ses citoyens un niveau de vie comparable à celui des pays développés.

