Les déboires d’Ed Sheeran montrent que les artistes peuvent être percutés par le conflit à Gaza
Après la mise à l’écart du rappeur Macklemore de sa tournée, le très consensuel chanteur récolte un déluge de critiques..
Le conflit à Gaza, qui oppose Israël et le Hamas depuis octobre 2023, a causé plus de 73 000 morts côté palestinien selon les dernières estimations citées dans l'article. Ce conflit, largement médiatisé sur les réseaux sociaux, a mobilisé une nouvelle génération d'artistes et de militants, qui y voient une situation d'oppression et de violence systématique. Des événements culturels comme les Oscars, les Emmys ou les festivals de Cannes ont intégré ce sujet dans leurs débats, poussant certains artistes à prendre publiquement position. La guerre à Gaza est devenue un enjeu central dans le monde de la culture, notamment parce que son bilan humain et ses images choc ont marqué l'opinion publique mondiale.
Ed Sheeran, chanteur britannique mondialement connu pour des tubes comme Shape of You, a été au cœur d'une polémique après avoir évincé le rappeur américain Macklemore de sa tournée américaine. Cette décision a été prise sous la pression de propriétaires de stades, dont le milliardaire Robert Kraft, propriétaire des Patriots de la NFL. La raison invoquée était un appel public de Macklemore à « libérer la Palestine » lors de deux concerts début septembre 2026. Cette éviction a déclenché une vague de critiques envers Ed Sheeran, accusé de ne pas avoir défendu son ami et de manquer de courage pour dénoncer la situation à Gaza.
La polémique autour d'Ed Sheeran a pris de l'ampleur avec des appels au boycott de sa tournée américaine. Le Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (PACBI), une organisation militant pour le boycott d'Israël, qualifie la tournée d'Ed Sheeran de « complice » tant que Macklemore n'y sera pas réintégré. Plusieurs artistes, dont Finneas (frère de Billie Eilish), ont quitté la tournée en signe de protestation, dénonçant une réduction au silence des artistes engagés. Ces réactions illustrent la polarisation croissante autour du conflit israélo-palestinien dans le milieu artistique.
Face aux critiques, Ed Sheeran a tenté de se justifier sur Instagram en affirmant ne pas faire de son métier une « plateforme politique ». Il a précisé avoir des opinions personnelles sur le conflit à Gaza, mais choisir de ne pas les exprimer publiquement. Cependant, ses détracteurs ont rappelé ses prises de position passées, comme un concert en soutien à l'Ukraine après l'invasion russe de 2022 ou une lettre ouverte contre les conséquences du Brexit en 2018. En 2017, il avait également exprimé son soutien à Jeremy Corbyn, alors leader du Parti travailliste britannique. Ces éléments ont alimenté les débats sur sa neutralité et sa crédibilité dans cette affaire.
Selon Gretchen Larsen, professeure à la Durham University Business School, cet épisode pourrait aliéner une partie du public occasionnel d'Ed Sheeran, sans pour autant affecter ses fans les plus fidèles. Elle souligne que sa réponse initiale, en suivant la pression des propriétaires de stades, constitue en elle-même une prise de position politique. Le malaise persiste quant à la gestion de cette situation, qui met en lumière les tensions entre les artistes, les organisateurs d'événements et les enjeux géopolitiques. À ce jour, aucune date de la tournée américaine d'Ed Sheeran n'a été annulée, mais la polémique pourrait avoir des répercussions à long terme sur son image.
Julie Norman, professeure et experte du conflit israélo-palestinien à l'University College London (UCL), explique que la Palestine n'a jamais été autant au premier plan dans les discussions publiques. Elle attribue cette mobilisation à la manière dont la guerre a été documentée sur les réseaux sociaux, où de nombreux utilisateurs ont perçu une situation de « génocide en cours » à Gaza. Cette prise de conscience a touché une nouvelle génération, y compris des artistes, qui se sentent désormais obligés de réagir face à ce qu'ils considèrent comme une injustice majeure. Le conflit est ainsi devenu un sujet incontournable dans les débats culturels et politiques.

