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Société

Comment la sécheresse oblige les familles afghanes à vendre leurs filles comme épouses

Slate FR · mis à jour il y a 17 j

Après des années de sécheresse, la faim s'est installée dans le quotidien des Afghans. Beaucoup n'ont d'autre choix que de promettre leurs filles en mariage.

Sécheresse et insécurité alimentaire

En Afghanistan, la province de Badghis, située dans le nord-ouest du pays, subit depuis plusieurs années des sécheresses répétées, aggravées par le changement climatique. Ces phénomènes ont rendu les terres arides et détruit les récoltes, privant 95 % de la population locale de ses moyens de subsistance, car 95 % des habitants vivent de l’agriculture et de l’élevage. Selon l’ONU, près de 16 millions d’Afghans font face à une insécurité alimentaire aiguë, un chiffre qui pourrait atteindre 19 millions pendant l’hiver 2026. L’Afghanistan est le quatrième pays le plus vulnérable aux effets de la crise climatique, ce qui aggrave une situation déjà précaire pour ses habitants. Les familles, incapables de nourrir leurs enfants, se retrouvent dans une impasse économique sans précédent.

Mariage des enfants comme solution

Face à la famine et à l’effondrement des revenus, certaines familles afghanes n’ont d’autre choix que de vendre leurs filles en mariage pour rembourser des dettes ou acheter de la nourriture. Par exemple, Khatira, 11 ans, a été promise en mariage à un homme de 20 ans pour éponger les dettes de sa famille. Les montants des dotes (somme d’argent ou de biens versée par la famille du marié à celle de la mariée) varient entre quelques centaines et plusieurs milliers d’euros, payables en plusieurs fois. Une fois la dot entièrement réglée, la famille du marié peut exiger que la jeune fille soit livrée, souvent dès l’approche de la puberté. Avant 2021, l’âge légal du mariage en Afghanistan était fixé à 16 ans, mais cette loi a été abrogée après la reprise du pouvoir par les talibans en août 2021.

Conséquences sanitaires et sociales

Les mariages précoces exposent les jeunes filles à des risques graves pour leur santé. L’Afghanistan compte parmi les pays où la mortalité maternelle est la plus élevée, en partie à cause des grossesses précoces, qui surviennent parfois dès 14 ans. Les complications médicales liées à ces grossesses sont fréquentes et peuvent être mortelles. De plus, les jeunes épouses sont souvent contraintes de tenir un foyer, sous peine de subir des violences domestiques. Gul Bobo, mère de deux filles âgées de 2 et 5 ans déjà fiancées, craint qu’elles ne soient battues ou tombent enceintes trop tôt. Les cliniques qui soignent ces jeunes filles disparaissent également, car l’aide humanitaire se réduit, aggravant encore leur situation.

Crise climatique et exode rural

Les habitants de Badghis ignorent souvent les causes du changement climatique, comme la surconsommation ou les émissions de gaz à effet de serre, car ils vivent dans des maisons en terre sans électricité, équipées seulement de quelques batteries solaires. Depuis neuf ans, les sécheresses successives ont poussé des milliers de personnes à quitter leurs villages pour tenter de trouver du travail à Qala-e-Naw, la capitale provinciale, mais beaucoup échouent. Sur les marchés aux bestiaux, les éleveurs, incapables d’acheter du fourrage, sont contraints de vendre leur bétail à perte pour survivre. Par exemple, Gulalai Niaz Mohammad, un éleveur, déclare : « Nous devons sacrifier un membre de la famille pour sauver les autres. »

Ce que ça pourrait changer

La reprise du pouvoir par les talibans en août 2021 a encore fragilisé la situation des femmes et des filles en Afghanistan. Les restrictions imposées par le régime ont réduit les droits des femmes, notamment en matière d’éducation et de travail, et ont aggravé leur vulnérabilité. Par ailleurs, la diminution de l’aide étrangère prive les familles de programmes de soutien essentiels. Mark Calder, directeur du plaidoyer pour l’Afghanistan au sein de l’organisation humanitaire **World Vision International**, alerte : *« Le mariage précoce expose les filles à des risques sanitaires potentiellement mortels, mais les cliniques qui les soignent disparaissent à mesure que l’aide est réduite. »* Les familles, comme celle de Sara qui tente de garder sa fille Aisha, 12 ans, cachée pour éviter son mariage forcé, luttent désespérément pour protéger leurs enfants.

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