Achats militaires : le Canada prend encore plus ses distances des États-Unis
Ottawa est plus convaincu que jamais du besoin de se tourner vers d’autres alliés en matière de défense..
Le Canada et les États-Unis traversent une période de tensions commerciales marquée par des mesures tarifaires. Cette guerre commerciale, qui s'est intensifiée en 2026, a des répercussions directes sur les relations militaires entre les deux pays. Le Canada, traditionnellement dépendant des équipements militaires américains, voit désormais cette dépendance remise en question par l'opinion publique et les autorités. Stephen Fuhr, secrétaire d'État à l'approvisionnement militaire, souligne que la population canadienne serait très critique envers l'attribution de contrats militaires majeurs à des entreprises américaines dans ce contexte. Cette situation pousse le Canada à diversifier ses partenariats militaires et à réduire sa dépendance envers son voisin du sud.
Face à cette situation, le Canada cherche à élargir ses alliances militaires au-delà des États-Unis, en se tournant vers des pays d'Europe, d'Asie et d'Océanie. Stephen Fuhr, responsable de l'Agence de l'investissement pour la défense, insiste sur la nécessité pour le Canada de ne plus dépendre d'un seul partenaire, même traditionnel. Il évoque la volonté de développer une autonomie accrue en matière de production militaire ou de renforcer les collaborations avec de nouveaux alliés. Cette stratégie vise à éviter de se retrouver dans une position de vulnérabilité similaire à celle actuelle. Le Canada souhaite ainsi exploiter les opportunités offertes par d'autres partenaires pour sécuriser ses approvisionnements militaires.
La crise commerciale a directement impacté les perspectives d'achats militaires canadiens auprès des États-Unis. Historiquement, environ 70 % des dépenses militaires canadiennes étaient dirigées vers des entreprises américaines. Cependant, cette proportion est appelée à diminuer significativement. Stephen Fuhr précise que le Canada ne peut plus se permettre de compter uniquement sur les États-Unis pour ses équipements militaires. Il cite en exemple les négociations en cours pour l'achat d'hélicoptères militaires, où les appareils américains comme le Black Hawk pourraient être remplacés par des alternatives européennes ou asiatiques. Cette tendance s'applique également aux avions de chasse, où le Canada hésite à poursuivre sa collaboration avec Lockheed Martin pour le F-35 et explore des options comme le Gripen suédois.
Plusieurs projets militaires d'envergure sont actuellement en cours de réévaluation au Canada. Parmi eux, l'achat sans appel d'offres de 16 avions de chasse F-35 américains, avec une option pour 14 appareils supplémentaires, n'a pas encore reçu de confirmation définitive. Le premier ministre Mark Carney n'a pas précisé si le Canada comptait acheter plus d'appareils au-delà de cette commande initiale. Parallèlement, le Canada négocie avec l'entreprise suédoise Saab pour l'acquisition d'avions-radars GlobalEye, fabriqués en collaboration avec Bombardier, une alternative au E-7 Wedgetail de Boeing. Un autre projet en développement est un contrat de 2,3 milliards de dollars avec Telesat pour des communications militaires par satellite dans l'Arctique, réduisant ainsi la dépendance envers le réseau Starlink américain.
Le Canada souhaite réduire sa dépendance envers les restrictions américaines en matière de technologies militaires. Ces restrictions, encadrées par le régime International Traffic in Arms Regulations (ITAR), limitent l'exportation et l'accès à certaines technologies militaires fabriquées aux États-Unis. Stephen Fuhr souligne que le Canada explore des collaborations avec des pays européens, asiatiques et océaniens pour contourner ces contraintes. Il met en avant l'idée que, collectivement, ces pays pourraient développer des alternatives aux technologies américaines, tout en continuant à travailler avec des filiales de sociétés étrangères installées au Canada. Ces entreprises, bien que étrangères, emploient des Canadiens, paient des impôts locaux et conservent leur propriété intellectuelle au Canada, ce qui les rend plus attractives pour Ottawa.
Le Canada admet que la situation actuelle n'est pas de son fait et que le départ prévu du président américain Donald Trump en janvier 2029 ne suffira pas à résoudre les tensions. Stephen Fuhr insiste sur la nécessité pour le Canada de s'adapter rapidement à cette nouvelle réalité et de ne plus se retrouver dans une position de dépendance aussi marquée. Il rappelle que le Canada prévoit de dépenser des dizaines de milliards de dollars supplémentaires en défense au cours des prochaines années, mais que la répartition de ces fonds ne sera plus aussi concentrée vers les États-Unis. Cette stratégie vise à renforcer la résilience du pays face aux incertitudes géopolitiques et commerciales.

