Une étrange étoile de glace sur Europe, la lune de Jupiter
Une étoile de glace intrigante, capturée par la sonde Galileo il y a plus de deux décennies, continue de captiver les chercheurs par sa symétrie parfaite et son absence de relief. Des expériences récentes offrent une nouvelle hypothèse sur sa formation..
En 1997, la sonde spatiale Galileo, lancée par la NASA, a observé une structure glacée sur Europe, l’une des lunes de Jupiter. Cette formation, surnommée étoile de glace en raison de sa forme géométrique parfaite et de sa symétrie remarquable, a immédiatement attiré l’attention des scientifiques. Contrairement aux reliefs irréguliers typiques des surfaces glacées, cette structure se distingue par son absence totale de bosses ou de crevasses, ce qui la rend unique dans le système solaire. Les images capturées par Galileo révèlent une forme rappelant une étoile à cinq branches, avec des angles nets et une régularité qui défie les explications géologiques classiques. Cette observation a soulevé des questions sur les mécanismes de formation de telles structures dans un environnement aussi hostile que celui d’Europe, où les températures peuvent descendre jusqu’à -160°C.
Europe est l’une des quatre lunes galiléennes de Jupiter, découverte en 1610 par l’astronome italien Galilée. Recouverte d’une croûte de glace d’eau épaisse de plusieurs kilomètres, cette lune intéresse particulièrement les scientifiques en raison de la présence probable d’un océan liquide sous sa surface. Cet océan, maintenu à l’état liquide par les forces de marée exercées par Jupiter, pourrait abriter des conditions favorables à la vie microbienne. La structure glacée observée par Galileo se situe dans une région où la glace est particulièrement jeune et dynamique, suggérant une activité géologique récente. Les chercheurs estiment que cette zone pourrait être le résultat d’une remontée d’eau liquide à travers la croûte de glace, un phénomène appelé cryovolcanisme.
L’étoile de glace d’Europe se distingue par sa symétrie quasi parfaite, avec cinq branches disposées à des angles réguliers de 72 degrés. Cette régularité est rare dans la nature, où les formations géologiques ont généralement des contours irréguliers. Les scientifiques ont d’abord envisagé que cette structure soit le résultat d’un impact de météorite ou d’une fracture due à des contraintes mécaniques. Cependant, aucune trace d’impact ou de déformation n’a été observée, ce qui a poussé les chercheurs à explorer d’autres hypothèses. Une étude récente, publiée en 2023, suggère que cette forme pourrait être liée à un phénomène de fracturation thermique, où la glace se fissure sous l’effet de variations de température extrêmes. Ce processus est similaire à celui qui donne naissance aux polígonos de hielo (polygones de glace) observés sur Terre dans les régions polaires.
Pour tester l’hypothèse de la fracturation thermique, des chercheurs ont reproduit en laboratoire les conditions extrêmes d’Europe. Ils ont utilisé de la glace d’eau pure, soumise à des cycles de gel et de dégel dans une chambre sous vide, simulant les variations de température de -160°C à -100°C. Les expériences ont montré que, dans ces conditions, la glace peut se fissurer de manière symétrique, formant des motifs géométriques comparables à ceux observés sur Europe. Les scientifiques ont également noté que la présence de sels ou de minéraux dans la glace pourrait influencer la formation de ces structures. Ces résultats, publiés en 2023, offrent une explication plausible à l’origine de l’étoile de glace, tout en soulignant la complexité des processus géologiques en jeu sur cette lune de Jupiter.
La découverte et l’étude de l’*étoile de glace* d’Europe ont des implications majeures pour la compréhension des processus géologiques dans le système solaire. Cette structure suggère que la surface de glace d’Europe n’est pas statique, mais dynamique, avec des mécanismes de formation encore mal compris. Elle renforce également l’idée que des phénomènes similaires pourraient exister sur d’autres lunes glacées, comme **Encelade** (satellite de Saturne) ou **Ganymède** (autre lune de Jupiter). Par ailleurs, cette étude ouvre de nouvelles pistes pour comprendre comment la glace réagit aux conditions extrêmes, un sujet crucial pour les missions futures vers Europe, comme *Europa Clipper*, prévue par la NASA pour 2024. Enfin, elle rappelle que les environnements les plus hostiles peuvent abriter des processus géologiques surprenants, comparables à ceux observés sur Terre.

