Des traces de matière fécale dans l’eau d’un collège de Bagnolet : «Elle sortait souvent trouble des robinets»
Les analyses de l’eau du collège Georges-Politzer de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) montrent une contamination aux entérocoques et aux bactéries coliformes. Les professeur·es ont débrayé, lundi, et étaient en grève mardi, dans le cadre de la journée de mobilisation nationale pour la fonction publique.
Le collège Georges-Politzer de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) a été fermé le 1er octobre 2026 après la découverte de traces de matière fécale dans son eau potable. Des analyses ont révélé des taux anormalement élevés d’entérocoques et de bactéries coliformes, deux types de micro-organismes présents dans les excréments humains ou animaux. Ces bactéries peuvent provoquer des troubles digestifs, des infections urinaires ou, dans les cas les plus graves, des maladies plus sévères. L’eau du collège, souvent trouble, a été jugée non conforme à la consommation dès le 27 septembre 2026. Le rapport d’analyse recommande une désinfection générale de l’installation avec des contre-analyses pour vérifier la conformité de tous les points de prélèvement. Cette situation a entraîné l’interdiction immédiate de boire l’eau du robinet dans l’établissement.
Face à cette contamination, une vingtaine de membres du personnel du collège ont exercé leur droit de retrait le 29 septembre 2026, puis une trentaine le lendemain, invoquant un danger grave et imminent pour leur santé et celle des élèves. Les enseignant·es ont brandi des pancartes et participé à une grève nationale pour la fonction publique le 30 septembre. Ils dénoncent un manque de transparence : les résultats des analyses, réalisées le 4 juin 2026, n’ont été communiqués que le 27 septembre, soit près de trois mois plus tard. Le département de Seine-Saint-Denis, propriétaire des bâtiments, a été critiqué pour ce délai, tout comme la mairie de Bagnolet, où le maire écologiste Édouard Denouel a reconnu un problème de suivi. Les enseignant·es soulignent aussi un sentiment d’abandon plus large du département, où les élèves reçoivent 30% de moyens en moins par rapport à la moyenne nationale.
La contamination de l’eau a perturbé la vie scolaire au collège Georges-Politzer. La cantine a été fermée temporairement, et certains élèves n’ont pas pu manger car ils habitent loin de l’établissement. Des témoignages d’élèves révèlent des pratiques inhabituelles, comme des sacs-poubelles posés sur la machine à eau. Les restrictions devraient durer jusqu’au 6 octobre 2026 si une nouvelle décontamination est nécessaire. La préfecture a ordonné la fermeture de l’établissement le 1er octobre pour permettre une désinfection avec du chlore. Cependant, le personnel craint que les élèves ne boivent malgré tout de l’eau chlorée, car il est impossible de garantir une interdiction totale dans tout le collège. Les parents d’élèves, comme Amel Meddah, s’inquiètent de l’impact sur la santé de leurs enfants et du manque de communication.
Plusieurs acteurs se renvoient la responsabilité de la crise. La Direction des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de Seine-Saint-Denis indique que les mesures de précaution sont maintenues jusqu’à la conformité de l’eau, mais renvoie vers le Département, propriétaire des bâtiments. Ce dernier a ouvert une enquête interne et annoncé une révision complète du réseau d’eau pour identifier l’origine de la contamination. De nouvelles analyses seront réalisées après les travaux, et les restrictions ne seront levées qu’en cas de conformité totale. Le maire de Bagnolet, Édouard Denouel, a assuré qu’aucun problème n’a été détecté sur le réseau public d’eau de la ville, ce que confirment les analyses officielles. Une réunion publique d’information est prévue le 2 octobre pour répondre aux inquiétudes des habitants.
Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de difficultés structurelles en Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France hexagonale. Les syndicats d’enseignant·es, comme la CGT ou SUD éducation, dénoncent un *délaissement* de l’Éducation nationale dans le département, où les élèves reçoivent 30% de moyens en moins que la moyenne nationale. Ils soulignent un manque de personnel, des bâtiments vétustes et des retards dans les réparations. Le *Plan d’urgence 93*, lancé en 2024, n’a pas encore abouti à des solutions concrètes, malgré les demandes répétées des syndicats. Les habitant·es, comme la mère d’élève Amel Meddah, expriment un sentiment d’être mis·es de côté en raison de leur localisation géographique.

