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Géopolitique

“Plus personne ne les attaque” : la sécurité par l’antiquité

Courrier International · mis à jour il y a 12 j

Et si la meilleure arme contre les cybercriminels était de délaisser les objets hautement technologiques pour revenir aux ordinateurs et aux téléphones des années 2000, voire à l’analogique ? C’est ce que professent beaucoup d’experts en cybersécurité, raconte le site de la BBC..

Sécurité par l'antiquité

Face à la montée des cyberattaques, une stratégie surprenante émerge : utiliser des technologies anciennes ou obsolètes pour se protéger. Cette approche, appelée sécurité par l’antiquité, repose sur le principe que les pirates informatiques ciblent en priorité les systèmes modernes et répandus, car ils offrent un retour sur investissement plus élevé. Les experts en cybersécurité, comme Mikko Hyppönen, soulignent que la majorité des cybercriminels cherchent avant tout à gagner de l’argent. Ainsi, des technologies comme les ordinateurs des années 2000, les téléphones Nokia ou les cartes papier sont rarement attaquées, car elles sont peu utilisées par le grand public. Cette méthode a été validée par des expériences, comme celle menée dans les années 1990 par le professeur Matt Bishop, qui a constaté qu’aucun pirate n’avait tenté de pirater un système volontairement laissé vulnérable car obsolète.

Résilience analogique

La résilience analogique désigne l’utilisation de technologies non numériques pour éviter les risques liés au piratage informatique. Par exemple, en Ukraine, des soldats ont utilisé des cartes papier et des boussoles pendant le siège de Marioupol en 2022 pour échapper aux systèmes de surveillance russes. Ces outils, bien que moins pratiques, ne peuvent pas être piratés ou brouillés, contrairement aux GPS ou aux systèmes de navigation modernes. Thomas Withington, membre du think tank Royal United Services Institute, explique que cette méthode est particulièrement efficace dans les zones de conflit, où les infrastructures numériques sont vulnérables aux interférences. Le compromis réside dans l’acceptation d’une moindre efficacité au profit d’une sécurité accrue.

Bandes magnétiques sécurisées

Les bandes magnétiques, une technologie de stockage des années 1980 et 1990, connaissent un regain d’intérêt pour leur sécurité. Ces bandes, souvent stockées dans des lieux isolés comme des cavernes ou des mines désaffectées, sont difficiles à pirater car elles nécessitent un accès physique et sont rarement utilisées aujourd’hui. La BBC souligne que leur obsolescence même devient un atout : la plupart des gens ne savent même pas comment les utiliser, ce qui réduit considérablement leur attractivité pour les cybercriminels. Cette solution est notamment adoptée par des institutions comme les armées, qui cherchent à protéger des données sensibles sans dépendre de systèmes numériques vulnérables.

Navigation aérienne obsolète

En Irlande, l’État a décidé de conserver des systèmes de navigation aérienne obsolètes, comme des balises terrestres, car ils sont moins vulnérables au brouillage que les technologies modernes comme le GPS. Selon des documents obtenus par The Irish Times en 2026, ces systèmes, bien qu’en fin de vie, offrent une alternative plus sûre face aux interférences délibérées, notamment celles attribuées à des acteurs hostiles comme la Russie. Cette stratégie illustre comment des technologies anciennes peuvent servir de filet de sécurité dans des contextes où la fiabilité prime sur la performance. Le GPS, bien que plus précis, est en revanche plus exposé aux attaques par brouillage ou spoofing (usurpation de signal).

Limites des téléphones modernes

Les téléphones modernes, comme les smartphones actuels, sont des cibles privilégiées pour les cybercriminels en raison de leur omniprésence et de leur connexion permanente à Internet. À l’inverse, les téléphones des années 2000, comme les modèles Nokia, sont rarement piratés, car ils ne sont plus utilisés par une masse critique d’utilisateurs. La BBC explique que ces appareils, bien que techniquement vulnérables à certaines techniques d’espionnage, ne suscitent pas l’intérêt des pirates, car le gain potentiel est trop faible. Cette approche implique un compromis : accepter une technologie moins performante mais plus sûre, au détriment de la commodité et des fonctionnalités avancées des appareils récents.

Ce que ça pourrait changer

L’efficacité de la *sécurité par l’antiquité* a été démontrée presque par accident dans les années 1990. Le professeur Matt Bishop et son équipe ont créé un système connecté à Internet en utilisant une vieille version d’un logiciel, volontairement laissée vulnérable. Contrairement à leurs attentes, aucun pirate n’a tenté de l’attaquer, car les cybercriminels privilégient les cibles offrant un retour sur investissement rapide. Cette expérience a révélé que les systèmes obsolètes, bien que techniquement fragiles, sont souvent ignorés par les attaquants, car ils ne représentent pas une menace rentable. Cette observation a depuis influencé les stratégies de cybersécurité dans divers secteurs, notamment militaire et gouvernemental.

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