Le financier Stephen Jarislowsky s’éteint à 101 ans
Le fondateur de la firme Jarislowsky Fraser était l'un des hommes les plus riches du Canada..
Stephen Jarislowsky, financier montréalais et fondateur de la firme de gestion de placements Jarislowsky Fraser, est décédé à l’âge de 101 ans, comme l’ont annoncé sa famille et la fondation portant son nom. À sa mort, sa fortune était estimée à 3,9 milliards de dollars américains, soit environ 5,6 milliards de dollars canadiens selon le classement 2026 du magazine Forbes. Bien que certains le comparent à l’homme d’affaires américain Warren Buffett en raison de leur succès financier et de leur approche des affaires, Jarislowsky rejetait cette comparaison. Né à Berlin en 1925, il a vécu une jeunesse marquée par les bouleversements politiques de l’époque : sa famille fuit l’Allemagne nazie pour la France dans les années 1930, puis émigre aux États-Unis en 1941.
À seulement 16 ans, Stephen Jarislowsky entame des études en génie mécanique à l’Université Cornell, dans l’État de New York. Il obtient ensuite un baccalauréat en culture orientale à l’Université de Chicago, puis une maîtrise en administration des affaires (MBA) à l’Université Harvard. En 1947, il s’installe définitivement à Montréal après avoir été embauché au siège social d’Alcan, une entreprise spécialisée dans l’aluminium. Ce choix marque le début de sa carrière au Québec, où il passera le reste de sa vie professionnelle. Son parcours illustre une combinaison rare de compétences techniques, managériales et culturelles.
En 1955, à l’âge de 29 ans, Stephen Jarislowsky fonde sa propre entreprise de gestion de placements, Jarislowsky Fraser. Cette firme devient rapidement l’une des plus importantes du secteur au Canada. Sous sa direction, l’entreprise se distingue par ses analyses économiques pointues, au point que Jarislowsky avait prédit la crise financière de 2008. En 2012, il quitte son poste de PDG tout en restant président émérite, laissant la gestion quotidienne à d’autres. En 2018, la firme est vendue à la Banque Scotia pour environ 750 millions de dollars américains (plus de 1 milliard de dollars canadiens), une transaction payée en actions et en espèces. Jarislowsky était convaincu que cette vente garantirait la pérennité de son héritage professionnel.
Malgré sa fortune, Stephen Jarislowsky était connu pour son mode de vie modeste. Il déclarait vivre simplement, sans luxe ostentatoire : pas d’avion privé, pas de yacht, et il conduisait lui-même sa voiture sans chauffeur. Il affirmait même faire la vaisselle chaque soir. Par ailleurs, il s’est toujours présenté comme un défenseur des petits actionnaires, craignant que les gestionnaires de fonds ne prennent pas suffisamment soin de l’argent des particuliers. Pour promouvoir une meilleure gouvernance, il a cofondé en 2002 la Coalition canadienne pour une bonne gouvernance et, en 2005, l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP). Ces initiatives visaient à améliorer la transparence et l’éthique dans le monde de la finance.
Stephen Jarislowsky a reçu plusieurs distinctions prestigieuses au Canada. Il était *officier de l’Ordre du Canada* et *grand officier de l’Ordre national du Québec*, deux titres honorifiques décernés pour ses contributions exceptionnelles. Il laisse également un héritage philanthropique à travers la *Fondation Stephen Jarislowsky*, créée en 1991. Cette fondation soutient principalement l’alphabétisation et les beaux-arts, et finance une quarantaine de chaires universitaires à travers le pays. Son engagement en faveur de l’éducation et de la culture reflète une vision à long terme, bien au-delà de ses activités financières.

