Des contre-tarifs sur le pétrole seraient-ils vraiment « une catastrophe »?
L'explication de Danielle Smith pour rejeter l'idée tient la route, en partie, selon des experts..
En 2026, une proposition controversée émerge au Canada : instaurer des contre-tarifs sur le pétrole albertain en réponse à des mesures protectionnistes américaines. Cette idée, portée notamment par le premier ministre de l'Ontario Doug Ford, vise à utiliser le pétrole comme levier dans les négociations commerciales avec les États-Unis. La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, s'y oppose fermement, qualifiant une telle mesure de catastrophe économique et évoquant la perte d'un demi-million d'emplois ainsi qu'un effondrement des économies québécoises et ontariennes. Elle craint une réaction immédiate des États-Unis, avec des tarifs d'exportation de 50% à 100% sur le carburant raffiné canadien, ce qui paralyserait les raffineries du Midwest américain, dépendantes du pétrole canadien depuis la fin des années 1990.
Danielle Smith affirme que les contre-tarifs entraîneraient la perte d'un demi-million d'emplois, principalement en Alberta, mais aussi en Ontario et au Québec. Cependant, les experts interrogés, comme Yvan Cliche du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM), soulignent l'absence d'études précises sur ce chiffre. Selon Ressources naturelles Canada, le secteur des énergies fossiles génère 521 500 emplois directs et indirects au Canada. Yvan Cliche précise que tous ces emplois ne seraient pas touchés et que les pertes ne seraient pas immédiates. Joe Calnan, chercheur associé à l'Institut canadien des affaires mondiales, ajoute que les raffineries du Midwest américain n'ont pas d'alternative d'approvisionnement à court terme, ce qui limite l'impact immédiat sur l'emploi.
Le Canada exporte massivement son pétrole vers les États-Unis, qui sont devenus son principal client depuis la fin des années 1990, remplaçant le Venezuela. Ce marché nord-américain fonctionne presque comme un seul pays en l'absence de tarifs. Cependant, le Canada ne dispose pas d'infrastructures pour acheminer directement le pétrole albertain vers l'est du pays. Le transit se fait actuellement par le Michigan, ce qui rend les économies de l'Ontario et du Québec vulnérables. Si les États-Unis imposaient des tarifs en réponse à des contre-tarifs canadiens, les quatre raffineries ontariennes ne pourraient plus produire suffisamment d'essence, de diesel et de carburant d'aviation pour répondre aux besoins locaux.
Danielle Smith affirme que les États-Unis, grâce à leurs réserves stratégiques de pétrole, pourraient maintenir des prix à la pompe gérables, contrairement au Canada. Richard Masson, ancien PDG de la Commission de commercialisation du pétrole de l'Alberta, nuance cette affirmation : les réserves américaines ont fortement diminué en raison du conflit au Moyen-Orient, où les États-Unis prélèvent actuellement 1,5 million de barils par jour. Ils ne pourraient donc pas résister longtemps à une baisse d'approvisionnement en pétrole canadien. De plus, les raffineries de l'Ouest canadien, situées principalement à Edmonton et en Saskatchewan, assurent une sécurité d'approvisionnement locale, limitant l'avantage des réserves stratégiques américaines.
Tous les experts s'accordent à dire que mêler les ressources naturelles à une guerre commerciale aurait des effets dévastateurs pour l'économie canadienne. Bien que les chiffres avancés par Danielle Smith soient jugés *exagérés*, la dépendance du Canada envers les États-Unis reste un risque majeur. Joe Calnan explique que l'oléoduc *TransMountain*, qui fonctionne à pleine capacité, montre que les producteurs de pétrole canadiens n'ont presque pas d'autres clients que les États-Unis. Une baisse des importations américaines aurait donc un impact significatif sur l'économie canadienne, même si les raffineries du Midwest ne peuvent pas s'approvisionner ailleurs à court terme.

