Harry Potter voterait-il pour Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon?
[L'Explication #288] Harry proche de ses sous à Gringotts et contre la taxe du sorcier Zucman? Ou Harry encarté à LMI («La Magie Insoumise»), combattant les inégalités et l'inflation sur la bière à Pré-au-Lard? On tranche ici..
L'article pose une question hypothétique : pour quel candidat français Harry Potter voterait-il lors de l'élection présidentielle de 2027, entre Marine Le Pen (Rassemblement National) et Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise). Cette interrogation sert de prétexte pour explorer comment les lecteurs projettent leurs propres convictions politiques sur des personnages fictifs. L'auteur souligne que J.K. Rowling n'a jamais précisé l'orientation politique d'Harry Potter, ni même son inscription sur les listes électorales, dans l'univers de la saga. Le débat est donc entièrement basé sur des interprétations subjectives des lecteurs, reflétant leurs propres valeurs.
Une étude menée en 2022 par des chercheurs des universités de Southampton et de Vienne a analysé comment 3 200 participants (1 600 au Royaume-Uni et 1 600 aux États-Unis) attribuaient des identités politiques à des personnages fictifs comme Harry Potter, Spider-Man ou Gandalf. Les résultats montrent que les répondants ont tendance à associer les héros à leur propre camp politique et les méchants (comme Voldemort ou Cruella) au camp adverse. Cet effet est particulièrement marqué chez les personnes ayant des convictions politiques fortes, notamment à gauche. Les participants étaient également plus cohérents lorsqu'il s'agissait d'associer les méchants au camp opposé à leurs propres convictions.
L'étude révèle que la projection politique ne se limite pas à imaginer que « les gentils sont comme moi ». Elle repose aussi sur l'identification de ceux qui ne partagent pas nos valeurs. Les répondants ont montré une capacité accrue à associer le camp politique adverse à des personnages maléfiques fictifs, illustrant ainsi une tendance à diaboliser l'opposition. Ce phénomène reflète une polarisation croissante des sociétés, où le débat politique devient une opposition entre le bien et le mal, plutôt qu'une confrontation d'idées. Les chercheurs y voient un symbole de la conception actuelle du mal politique dans les démocraties.
Harry Potter est un personnage suffisamment nuancé pour que chaque lecteur puisse y projeter ses propres valeurs. Par exemple, son attachement aux traditions et aux institutions (comme Poudlard ou la famille Weasley) pourrait le faire apparaître comme un électeur de droite, tandis que son rejet des discriminations (sang pur, persécution des elfes de maison) et son combat pour l'égalité le rapprocheraient de la gauche. L'article mentionne également les propos transphobes de J.K. Rowling, qui pourraient influencer l'interprétation politique du personnage. Enfin, la saga est souvent analysée comme une critique de la société thatchérienne (années 1980 au Royaume-Uni), ce qui renforce son association avec des idées de gauche.
La saga Harry Potter est décrite comme profondément politique, avec une critique des régimes autoritaires et des idéologies de supériorité raciale. Le personnage de Voldemort incarne la tyrannie et l'utilisation du pouvoir pour dominer, tandis que Harry et ses amis défendent la liberté, la culture et l'égalité. Cette thématique résonne avec les enjeux politiques contemporains, notamment la montée des discours d'extrême droite en France. L'article cite le linguiste Jean-Claude Milner, qui qualifie la saga de « de gauche » en raison de son opposition aux discriminations et à l'autoritarisme. Le ministère de la Magie, avec ses lois répressives et sa propagande, est comparé à des régimes totalitaires, comme le nazisme.
En 2023, le parti présidentiel français Renaissance a publié un tweet comparant des personnalités politiques françaises à des personnages de *Harry Potter*. Marine Le Pen y était associée à Voldemort, tandis qu'Emmanuel Macron était comparé à Albus Dumbledore et Jean-Luc Mélenchon à Mimi Geignarde. Cette transposition illustre comment les partis politiques utilisent des références culturelles pour façonner l'opinion publique. L'article souligne que ces comparaisons sont subjectives et reflètent les biais de ceux qui les proposent, tout en montrant la versatilité des interprétations politiques des personnages fictifs.

