Un Loto pour sauver les forêts incendiées : la fausse bonne idée du gouvernement
Trois tirages du Loto organisés les 19, 21 et 24 octobre par la Française des jeux ( FDJ ) permettront de payer la restauration des forêts dévastées par les incendies cet été. Pour chaque grille Loto vendue 2,20 euros, 54 centimes seront dédiés à la régénération des massifs forestiers.
Le gouvernement français envisage de créer un Loto écologique pour financer la reforestation des zones ravagées par les incendies. Ce projet s'inscrit dans le cadre du Fonds pour la biodiversité, un mécanisme de financement dédié à la protection des écosystèmes. L'idée est de transformer une partie des recettes des jeux de hasard en un levier de financement pour l'environnement. Les recettes des loteries en France s'élèvent à environ 5 milliards d'euros par an, mais seule une fraction serait redirigée vers ce fonds. L'objectif affiché est de mobiliser des ressources supplémentaires pour lutter contre la déforestation et restaurer les écosystèmes après les incendies, comme ceux qui ont frappé la France en 2022, avec plus de 72 000 hectares brûlés.
Plusieurs associations écologistes, dont Les Amis de la Terre et Greenpeace France, critiquent cette initiative. Elles estiment que le Loto écologique relève d'une fausse bonne idée, car il repose sur un système de financement aléatoire et dépendant des comportements de jeu des citoyens, plutôt que sur des ressources stables et prévisibles. Pour ces organisations, cette solution détourne l'attention des causes profondes des incendies, comme le réchauffement climatique ou la gestion forestière, et ne garantit pas un financement suffisant ou durable. Elles rappellent que les incendies en France ont détruit 62 000 hectares en 2023, un record depuis 2003, et que les besoins de reforestation dépassent largement les montants potentiellement collectés.
Les critiques du projet suggèrent des alternatives pour financer la protection des forêts. Elles proposent d'augmenter les budgets publics dédiés à l'environnement, comme le Fonds vert créé en 2023, qui dispose de 2 milliards d'euros pour la transition écologique. Une autre piste serait de taxer davantage les industries polluantes ou les propriétaires de forêts mal gérées. Par exemple, en 2022, seulement 10 % des forêts françaises étaient gérées selon des critères de durabilité. Les écologistes soulignent aussi l'importance de renforcer les moyens des Office national des forêts (ONF), l'organisme public chargé de la gestion des forêts publiques, dont le budget a été réduit de 15 % entre 2010 et 2020.
Le gouvernement défend le projet du Loto écologique en mettant en avant son caractère innovant et sa capacité à mobiliser l'opinion publique. Il cite l'exemple du Loto du patrimoine, lancé en 2018, qui a permis de financer la restauration de 1 800 monuments historiques grâce à 250 millions d'euros collectés. Cependant, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, n'a pas précisé quel pourcentage des recettes du futur Loto écologique serait effectivement alloué à la reforestation. Le projet doit encore être validé par le Parlement, où il pourrait rencontrer des résistances, notamment de la part des écologistes et des députés de gauche.
Le coût de la reforestation après un incendie est élevé. Par exemple, replanter un hectare de forêt coûte entre 5 000 et 15 000 euros, selon la méthode utilisée. Avec 72 000 hectares brûlés en 2022, les besoins pourraient atteindre entre 360 millions et 1,08 milliard d'euros. Or, les recettes potentielles du *Loto écologique* restent incertaines : en 2023, les jeux de hasard ont rapporté 5,2 milliards d'euros à l'État, mais seulement 1 % de cette somme pourrait être redirigé vers la reforestation, soit environ 52 millions d'euros par an. Ce montant est insuffisant pour couvrir les besoins, d'autant que les incendies risquent de s'aggraver avec le changement climatique.

