“En Norvège, on ne travaille pas moins
Journées de travail plus courtes, autonomie dans les tâches, hiérarchie horizontale… Un avocat catalan explique dans “La Vanguardia” dans quelles conditions il peut exercer sa profession en Norvège. Un pays où l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle est pris très au sérieux..
Juanjo Ruiz, un avocat espagnol originaire de Barcelone, a déménagé en Norvège il y a près de dix ans. Dans un entretien accordé au quotidien espagnol La Vanguardia, il explique avoir gagné en sérénité depuis son installation à Tromsø, une ville de 80 000 habitants située au-delà du cercle polaire arctique. Il souligne que son avenir professionnel dépend davantage de ses efforts que de la chance, un changement notable par rapport à son expérience en Espagne. Ruiz précise que la Norvège n'est pas un paradis, mais un pays où l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est une priorité. Il décrit cette expérience comme une transformation intérieure, où l'adaptation aux conditions extrêmes de l'Arctique l'a aidé à mieux se connaître.
À Tromsø, les habitants subissent 76 jours d'obscurité totale en hiver et 76 jours de soleil de minuit en été, en raison de sa position polaire. Juanjo Ruiz explique que cette alternance de lumière extrême influence profondément le rythme de vie. En hiver, la lumière est faible et ne dure que cinq heures, ce qui pose un défi mental : maintenir ses habitudes, son activité et sa motivation. Ruiz recommande de faire de l'exercice, de voir du monde et de garder des projets pour lutter contre la morosité. Il souligne aussi l'importance de la vitamine D entre septembre et avril, une période où le manque de lumière naturelle est marqué. En été, le soleil de minuit (24 heures de lumière) exige une discipline pour s'endormir, résolue par des routines strictes et des rideaux occultants.
En Norvège, le modèle de travail se distingue par son adaptation aux besoins des salariés. Juanjo Ruiz explique que la loi norvégienne exige que les conditions de travail soient ajustées, dans la mesure du possible, aux attentes des employés. Contrairement à l'Espagne, où les horaires de travail sont souvent rigides, la Norvège privilégie des journées plus courtes et plus efficaces. Ruiz précise que partir à l'heure n'est pas mal vu et que l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée est considéré comme un droit, et non un privilège. Les salaires y sont également plus élevés, ce qui contribue à une meilleure qualité de vie. Le travail est axé sur les objectifs plutôt que sur le contrôle, et l'autonomie des employés est réelle.
Le modèle norvégien de travail se caractérise par une hiérarchie horizontale, où les employés peuvent exprimer leur désaccord avec leurs supérieurs, à condition de le faire avec respect. Ruiz souligne que cette approche favorise un environnement de travail plus collaboratif et moins stressant. Les tâches sont organisées autour des objectifs à atteindre, et non autour d'un contrôle strict des heures travaillées. Les employés bénéficient d'une grande liberté pour organiser leur temps, comme prendre des pauses pour se promener ou télétravailler sans avoir à se justifier. Cette flexibilité est rendue possible par une culture du travail axée sur la confiance et la responsabilité individuelle.
Juanjo Ruiz mentionne que la vie en Norvège, en particulier à Tromsø, est coûteuse. Par exemple, il cite le prix d'une pizza à 25 €, un montant qu'il juge élevé mais justifié par les salaires décents versés aux employés du secteur de la restauration. Cette réalité économique reflète un modèle où les prix élevés permettent de garantir des conditions de travail et de vie plus équitables pour les travailleurs. Ruiz note que les Norvégiens, bien que parfois perçus comme froids ou moins sociables que les Espagnols, sont en réalité très respectueux de l'espace personnel de chacun. Cette apparente froideur est davantage une question de différences culturelles que de manque d'humanité.
Juanjo Ruiz explique que les Norvégiens peuvent sembler distants ou peu chaleureux comparés aux Espagnols, mais que cela relève d'une différence culturelle et non d'un manque de sociabilité. Il décrit cette relation comme un respect mutuel de l'espace vital, où chacun peut se sentir à l'aise sans pression sociale excessive. Ruiz souligne que cette approche favorise un équilibre entre vie professionnelle et personnelle, en permettant aux individus de se concentrer sur leurs besoins personnels sans culpabilité. Il ajoute que cette adaptation culturelle a été un élément clé de son intégration et de son épanouissement en Norvège.
Pour l'instant, Juanjo Ruiz n'envisage pas de retourner en Espagne. Il exprime son bonheur actuel en Norvège et explique que vivre à l'étranger lui a montré qu'il est possible de se sentir chez soi dans plusieurs endroits, même si aucun n'est parfait. Son expérience illustre comment l'adaptation à un nouveau pays peut transformer la perception de la qualité de vie et du bien-être. Ruiz considère que son déménagement en Norvège a été une expérience enrichissante, tant sur le plan professionnel que personnel, et qu'il n'a pas l'intention de revenir sur sa décision pour le moment.

