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Géopolitique

La Colombie veut relancer l’aspersion aérienne des champs de coca avec un herbicide potentiellement dangereux

Courrier International · mis à jour il y a 4 j

Le glufosinate d’ammonium est censé prendre la relève du glyphosate, dont la pulvérisation avait été suspendue en 2015, dans la lutte contre les narcocultures colombiennes qu’encourage Washington. Mais aucune étude n’en documente les effets, souligne la presse locale, et la phase de tests a été suspendue par la justice..

Colombie et coca

La Colombie, pays d’Amérique du Sud, est le premier producteur mondial de feuilles de coca, une plante utilisée pour fabriquer de la cocaïne. Les cultures de coca, souvent illégales, sont au cœur de conflits entre l’État, les groupes armés et les cartels. Depuis des décennies, le gouvernement colombien lutte contre ces plantations, parfois en utilisant des méthodes controversées comme la pulvérisation aérienne d’herbicides. En 2015, la Colombie avait suspendu cette pratique en raison des risques sanitaires et environnementaux liés au glyphosate, un herbicide alors utilisé. Aujourd’hui, elle envisage de la relancer avec un autre produit, le glufosinate d’ammonium, jugé moins étudié et potentiellement dangereux.

Glufosinate d’ammonium

Le glufosinate d’ammonium est un herbicide chimique destiné à détruire les plantes indésirables, comme les cultures de coca. Il est présenté comme une alternative au glyphosate, interdit en Colombie depuis 2015 en raison de ses effets nocifs présumés sur la santé humaine et l’environnement. Contrairement au glyphosate, les effets du glufosinate d’ammonium sur les écosystèmes et les populations locales n’ont pas été suffisamment documentés par des études scientifiques indépendantes. Son utilisation en Colombie a déjà commencé par des tests sur 1 000 hectares dans la région du Putumayo, à la frontière avec l’Équateur. Cependant, un juge local a suspendu ces tests le 11 septembre 2026, invoquant l’absence de garanties sanitaires et environnementales.

Contexte politique

La décision de relancer la pulvérisation aérienne s’inscrit dans un contexte politique marqué par un changement de gouvernement en Colombie. Après des années de tensions entre le président de gauche Gustavo Petro et les États-Unis, un nouveau dirigeant, Abelardo de la Espriella, a pris les rênes du pays en 2026. Ce dernier, avocat d’extrême droite, a promis de rétablir une alliance forte avec Washington, notamment dans la lutte contre le narcotrafic. Cette coopération est cruciale pour la Colombie, qui bénéficie d’importantes subventions américaines dans ce domaine. La visite du secrétaire d’État américain Marco Rubio en Colombie en 2026 symbolise cette volonté de renforcer les liens entre les deux pays au sein de l’alliance régionale du Bouclier des Amériques, un groupe de 19 pays luttant contre le narcoterrorisme sous l’égide des États-Unis.

Risques et controverses

La relance de la pulvérisation aérienne suscite des inquiétudes parmi les scientifiques, les écologistes et les populations locales. Aucun test rigoureux n’a encore évalué les conséquences du glufosinate d’ammonium sur les sols, les cours d’eau ou la santé des agriculteurs et des riverains. Les opposants à cette méthode soulignent que les herbicides, même ciblés, peuvent contaminer les cultures alimentaires voisines et affecter la biodiversité. De plus, la suspension des tests par la justice colombienne le 11 septembre 2026 montre que les autorités peinent à garantir la sécurité de cette pratique. Pourtant, certains médias locaux, comme El Nuevo Siglo, y voient une solution nécessaire pour éradiquer les cultures illicites et réduire l’influence des cartels.

Ce que ça pourrait changer

La Colombie partage une frontière de 590 kilomètres avec l’Équateur, un pays également touché par le trafic de drogue. La région du Putumayo, où les tests ont été menés, est un point chaud de la production de coca. La Colombie espère que la destruction des plantations par pulvérisation réduira l’offre de cocaïne, limitant ainsi son exportation vers les marchés internationaux, notamment les États-Unis. Cette stratégie s’inscrit dans une approche régionale plus large, coordonnée par le *Bouclier des Amériques*, une alliance de 19 pays créée pour lutter contre le narcotrafic. Cependant, les méthodes employées, comme l’usage d’herbicides, divisent les experts et les gouvernements, certains privilégiant des solutions alternatives comme le développement économique des zones rurales.

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