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Des scientifiques veulent percer le mystère de la longévité dans un village du Japon

ICI Radio-Canada · mis à jour 5 sept.

À Ogimi, une bactérie intestinale pourrait fournir des indices sur les mécanismes du vieillissement..

Ogimi, un village unique

Ogimi est un petit village situé dans le nord de l’île principale d’Okinawa, au Japon. Ce village de 3 000 habitants compte près de 150 résidents âgés de plus de 90 ans, ce qui en fait l’un des endroits où l’on vit le plus longtemps au monde. Une inscription à l’entrée du village reflète cette culture de la longévité : elle indique qu’à 80 ans, on est encore jeune, et qu’il faut attendre d’avoir 100 ans avant de répondre à l’appel des ancêtres. Ce village fait partie des cinq zones bleues de la planète, des régions où la concentration de centenaires en bonne santé est exceptionnellement élevée. Le paysage y est marqué par des montagnes verdoyantes et une mer proche, créant un cadre de vie paisible et naturel.

Un mode de vie actif

Les habitants d’Ogimi attribuent leur longévité à plusieurs facteurs liés à leur mode de vie. Takashi Tedokon, un nonagénaire en pleine forme, souligne l’importance d’un bon appétit et de l’absence de stress. Yoshihide Yamashiro, un autre résident, insiste sur l’activité physique et le travail, tant manuel qu’intellectuel, comme clés de la santé. Il explique que les anciens travaillaient dur dans les champs, ce qui maintenait leur forme physique et mentale. Aujourd’hui, bien que les modes de vie évoluent, les résidents continuent de privilégier une vie active, sociale et peu stressante. Ces pratiques sont souvent citées comme des éléments centraux de leur longévité.

L’alimentation locale

Le régime traditionnel d’Okinawa repose sur des aliments locaux et peu transformés. Il inclut des patates douces, des légumes verts, des algues, du tofu, des fruits, des poissons et des fruits de mer, ainsi que du porc élevé sur place. Ces aliments sont riches en nutriments bénéfiques pour la santé. Une particularité d’Ogimi est que la majorité des produits consommés proviennent directement de la région : les légumes poussent localement, les produits de la mer sont pêchés à proximité, et les chaînes d’approvisionnement extérieures sont limitées. Cette autonomie alimentaire pourrait jouer un rôle dans la santé des habitants, bien que les recherches scientifiques n’aient pas encore établi de lien direct.

La bactérie Akkermansia muciniphila

Les chercheurs de l’Institut des sciences et de la technologie d’Okinawa, dirigé par Shinya Ikematsu, étudient une bactérie appelée Akkermansia muciniphila. Cette bactérie, présente en grande quantité dans le sol d’Ogimi, a également été retrouvée en proportion élevée dans les intestins des résidents, en particulier chez les femmes ayant grandi dans le village. Une étude publiée il y a cinq ans a montré que cette bactérie pourrait être liée à une meilleure santé et à une longévité accrue. Les scientifiques cherchent à comprendre si cette bactérie provient du terroir local ou si elle est transmise génétiquement. Les résultats actuels indiquent qu’elle n’est pas simplement héritée des parents, mais pourrait être influencée par l’environnement et l’alimentation.

Une piste contre le cancer

La bactérie Akkermansia muciniphila suscite un intérêt croissant en oncologie. Des recherches ont révélé un lien entre sa présence dans l’intestin et une meilleure réponse à certains traitements contre le cancer, notamment l’immunothérapie qui cible la protéine PD-1. Une étude publiée dans la revue Nature Medicine a montré que des patients atteints d’un cancer du poumon avancé et présentant cette bactérie dans leur intestin avaient de meilleurs taux de réponse au traitement et une survie globale plus longue. Shinya Ikematsu et son équipe explorent la possibilité de produire cette bactérie en laboratoire pour l’utiliser comme complément thérapeutique. Leur objectif à long terme est de déterminer si elle pourrait améliorer l’efficacité des traitements contre le cancer à un stade avancé.

Le rôle du terroir

Les scientifiques s’interrogent sur l’influence du terroir d’Ogimi sur la présence de la bactérie Akkermansia muciniphila. Shinya Ikematsu explique que les recherches visent à comprendre si l’environnement local, notamment le sol et l’alimentation, favorise le développement de cette bactérie dans les intestins des habitants. Une piste explorée est celle de la petite enfance : le microbiote intestinal commence à se former dès les premiers mois de la vie, et l’environnement dans lequel grandit un enfant pourrait influencer durablement les bactéries présentes dans son corps. Les chercheurs ont observé une corrélation entre la présence de cette bactérie dans le sol et dans les intestins, mais des études supplémentaires sont nécessaires pour établir un lien de cause à effet.

Ce que ça pourrait changer

Pour approfondir leurs recherches, Shinya Ikematsu et son équipe ont élargi leur étude à d’autres régions d’Okinawa et à Taïwan, une île située à environ 600 kilomètres. Taïwan compte également une population âgée, ce qui permet aux chercheurs de comparer les données et d’identifier d’éventuels facteurs communs liés à la longévité. Ces travaux s’inscrivent dans une démarche plus large visant à comprendre les mécanismes biologiques et environnementaux qui favorisent une vie longue et en bonne santé. Les résidents d’Ogimi, quant à eux, continuent de vivre selon leurs traditions, tout en restant ouverts aux découvertes scientifiques qui pourraient éclairer les secrets de leur longévité.

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