Parc éponge Pierre-Bédard : la Santé publique écorche la Ville de Montréal
Montréal a sous-estimé les risques du parc éponge qui doit recevoir un mélange d’eaux pluviales et usées..
Le parc éponge Pierre-Bédard, inauguré le 30 août 2025 dans l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, est un projet ambitieux de 16 millions d’euros financé par la Ville de Montréal et le gouvernement provincial. Conçu pour absorber les eaux de pluie et limiter les inondations, il devait aussi traiter partiellement les eaux usées via un réseau unitaire, c’est-à-dire un système qui collecte à la fois les eaux pluviales et les eaux usées domestiques. Cependant, un an après son inauguration, le parc n’est toujours pas pleinement opérationnel. Le problème principal réside dans l’attente d’un feu vert du ministère de l’Environnement pour retirer un bouchon qui empêche actuellement le déversement des eaux usées non traitées dans le parc. Selon la Ville, ce mélange contiendrait entre 2 % et 5 % d’eaux usées, mais les eaux pluviales sont pour l’instant les seules à être acheminées vers le parc.
La Direction régionale de la santé publique (DRSP) de Montréal a alerté sur les risques sanitaires liés au projet dans un avis daté de mars 2026. Elle souligne que la Ville n’a pas suffisamment anticipé l’augmentation des pluies extrêmes ni évalué l’accumulation de contaminants dans le sol. Un des principaux enjeux est l’absence de normes claires concernant la concentration de la bactérie E. coli dans les parcs publics, ainsi que le manque de données sur les coliformes fécaux dans les eaux rejetées. La DRSP recommande notamment un suivi régulier de la contamination des surfaces du parc et propose la création d’un comité mixte (Ville, ministère, DRSP) pour valider les méthodes de surveillance. Elle met en garde : ce projet, sans précédent à Montréal, ne devrait pas être reproduit sans une évaluation complète de ses impacts sur la santé humaine.
Les riverains du parc Pierre-Bédard subissent directement les conséquences de ce projet inachevé. Depuis sa construction, le bouchon empêchant le déversement des eaux usées a provoqué au moins deux refoulements d’égouts, comme lors des pluies diluviennes du 27 août 2026. Diane Gendron, une résidente, décrit un geyser dans sa rue et des eaux jaillissant de sa salle de bain, rendant son sous-sol et son terrain inhabitables. Les coliformes fécaux, des bactéries présentes dans les eaux usées, se retrouvent ainsi chez les citoyens plutôt que dans le parc. Martin Globensky, un autre habitant, exprime sa déception : il s’attendait à ce que le parc absorbe les eaux pluviales, mais pas à ce que des eaux usées non traitées soient redirigées vers des espaces publics accessibles.
La Ville de Montréal et le ministère de l’Environnement se renvoient mutuellement la responsabilité de la situation. À l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, la mairesse Chantal Gagnon a reconnu lors d’un conseil le 8 septembre 2026 que le bouchon n’a toujours pas été retiré, malgré des rencontres prévues en octobre pour avancer sur le dossier. Le ministère, de son côté, affirme attendre des informations complémentaires de la Ville sur les mesures de mitigation et le suivi des impacts. Il précise que la DRSP et le ministère ont validé certaines mesures de remise en état en cas de débordement. Le cabinet de la mairesse indique travailler à finaliser la procédure pour retirer le bouchon, mais aucun calendrier précis n’a été communiqué.
Pour résoudre le problème, plusieurs pistes sont évoquées. La DRSP propose notamment la mise en place d’un suivi rigoureux de la contamination des sols et du mobilier urbain du parc, ainsi que l’implication des citoyens dans les décisions. Un comité composé de représentants du ministère, de la DRSP et de la Ville pourrait être créé pour valider les méthodes de surveillance. La Ville mise sur des rencontres avec le ministère en octobre 2026 pour débloquer la situation. Cependant, aucune solution définitive n’a encore été actée, et les habitants continuent de subir les conséquences des refoulements. Le projet, initialement présenté comme une innovation contre les inondations, reste donc en suspens, sans garantie de son efficacité ou de sa sécurité.

