La Terre a perdu 11 300 milliards de tonnes de glace en près de 50 ans
Cette fonte vient principalement des eaux plus chaudes qui rongent les calottes par le dessous, et non de l’air réchauffé..
Entre 1979 et 2023, la Terre a perdu 11 300 milliards de tonnes de glace, principalement issues des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique. Cette quantité équivaut à une couche de glace de 1,5 mètre couvrant l'ensemble du territoire continental des États-Unis. Les scientifiques ont calculé que cette fonte a libéré près de 11,3 quadrillions de litres d'eau, contribuant à une élévation du niveau mondial des mers d'environ 3,1 centimètres. Les calottes glaciaires désignent de vastes étendues de glace permanentes couvrant les pôles, tandis que le terme quadrillion correspond à un nombre suivi de 24 zéros. Cette fonte massive s'explique en grande partie par le réchauffement des océans, qui rongent les glaces par le dessous et les côtés, plutôt que par l'air plus chaud en surface.
L'étude révèle que 5/6 de la fonte des glaces ne provient pas de l'air réchauffé, mais des eaux océaniques plus chaudes qui attaquent les calottes glaciaires par en dessous et sur les côtés. Ces processus, appelés dynamiques, sont plus brutaux et imprévisibles que la fonte lente due à la température atmosphérique. Par exemple, le glacier de Jakobshavn au Groenland perd jusqu'à 50 mètres de glace par jour. Les scientifiques soulignent que ces mécanismes accélèrent l'écoulement des glaces vers l'océan, aggravant ainsi l'élévation du niveau des mers. Les processus dynamiques incluent des phénomènes comme le détachement d'icebergs ou l'affaiblissement des glaciers, qui peuvent déclencher des effets en cascade difficilement contrôlables.
Les données montrent que la fonte des glaces s'est fortement accélérée depuis les années 2010, après une période de relative stabilité entre les années 1970 et le début des années 1990. Les scientifiques ont observé une perte de masse accrue des calottes glaciaires, particulièrement marquée dans l'Antarctique occidental, moins stable que l'Antarctique oriental. Une pause apparente entre 2020 et 2023, due à des variations météorologiques, a été suivie d'une reprise de l'accélération. Eric Rignot, coauteur de l'étude, précise que cette tendance est « bien réelle » et liée au changement climatique. Les chercheurs ont utilisé 45 relevés indépendants et 27 satellites différents pour confirmer ces observations.
Une élévation du niveau de la mer de 3,1 centimètres peut sembler modeste, mais elle a des impacts concrets. Selon Ines Otosaka, auteure principale de l'étude, chaque tiers de centimètre supplémentaire expose 2 à 3 millions de personnes supplémentaires à des inondations annuelles. Les régions côtières sont particulièrement vulnérables, avec des risques accrus de submersions et de pertes économiques. Les auteurs de l'étude alertent sur la nécessité de prendre en compte ces données pour anticiper les conséquences humaines et environnementales. Ils soulignent que les effets du réchauffement climatique sur les calottes glaciaires se feront sentir pendant plusieurs décennies, même si les émissions de gaz à effet de serre étaient stoppées aujourd'hui.
Les scientifiques s'inquiètent des points de basculement (tipping points), des seuils critiques au-delà desquels des changements irréversibles s'enclenchent. Ines Otosaka explique que les processus dynamiques, comme la fonte accélérée des glaces, pourraient déclencher ces points de basculement, rendant les calottes glaciaires instables et difficiles à stabiliser. David Holland, glaciologue à l'Université de New York, compare cette situation à un scénario d'effondrement dû à l'instabilité des glaces. Les auteurs de l'étude rappellent que ces risques persistent malgré une apparente stabilité à court terme, comme celle observée entre 2020 et 2023. Ted Scambos, glaciologue à l'Université du Colorado, qualifie ces risques de « danger clair et présent », bien que leurs effets ne se concrétisent que dans plusieurs décennies.
Cette étude marque une avancée majeure grâce à l'intégration de données satellitaires de la NASA et de l'Agence spatiale européenne. Jusqu'aux années 1990, les scientifiques ne disposaient que de données européennes. En ajoutant les relevés de la NASA, ils ont pu retracer l'évolution des calottes glaciaires depuis 1979 pour l'Antarctique et depuis 1972 pour le Groenland. Cette collaboration internationale a permis de confirmer la tendance à long terme de la fonte des glaces. Les chercheurs ont utilisé des méthodes indépendantes pour valider leurs résultats, renforçant ainsi la fiabilité des conclusions. Andrew Shepherd, coauteur de l'étude, souligne que ces données montrent un retard de plusieurs décennies entre le réchauffement climatique et ses effets sur les glaces, ce qui prolonge la menace pour les décennies à venir.

