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Géopolitique

Nous nous dirigeons vers une période de désordre mondial

Courrier International · mis à jour il y a 1 j

Vous êtes en terminale ou en 1ʳᵉ spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP) ? La Lettre de l’éduc est pour vous. Chaque semaine, Benjamin Daubeuf, professeur agrégé d’histoire-géographie, vous conseille la lecture d’un article d’actualité qui résonne avec votre programme.

Nouvel ordre mondial

L’article évoque la fin progressive de l’ordre mondial qui s’est installé après la guerre froide, souvent appelé la fin de l’Histoire par le politologue Francis Fukuyama. Cet ordre reposait sur la domination des États-Unis et une relative stabilité des relations internationales, marquée par des institutions comme l’ONU ou l’OTAN. Cependant, selon l’historienne canadienne Margaret MacMillan, cet équilibre est en train de s’effriter depuis quelques années. Les États-Unis, autrefois garants de cet ordre, montrent des signes de repli, notamment sous l’administration Trump, qui a adopté une politique étrangère plus unilatérale. Cette évolution a affaibli la coopération internationale et ouvert la voie à des tensions accrues entre les grandes puissances.

Pouvoirs révisionnistes

L’autrice utilise le terme de puissances révisionnistes pour désigner des États qui remettent en cause les règles de l’ordre international établi. Parmi ces pays, elle cite la Russie et la Chine, qui contestent l’hégémonie occidentale et cherchent à modifier les équilibres géopolitiques. Par exemple, la Russie mène une guerre en Ukraine depuis 2022, tandis que la Chine affirme ses revendications sur Taïwan. Ces puissances utilisent des stratégies hybrides, comme la guerre économique ou la désinformation, pour affaiblir leurs adversaires sans déclencher de conflit direct. Leur montée en puissance contribue à fragiliser davantage le système international.

Crises multiples

Margaret MacMillan souligne que les défis actuels sont nombreux et interconnectés. En 2025, on a recensé 65 conflits impliquant des États, un niveau record depuis 1946. Les catastrophes climatiques, comme les sécheresses ou les incendies, s’aggravent, tandis que l’endettement des économies développées atteint des sommets historiques. L’intelligence artificielle (IA) se développe sans cadre réglementaire, et les aides humanitaires reculent face à la multiplication des crises. Ces problèmes sont aggravés par la montée des populismes, qui remettent en cause les institutions internationales et les accords multilatéraux.

Guerres asymétriques

Les conflits actuels prennent souvent la forme de guerres asymétriques, où des acteurs non étatiques ou des États moins puissants utilisent des tactiques non conventionnelles pour défier des adversaires plus forts. Par exemple, l’Iran produit des drones bon marché en série pour harceler les forces américaines et contrôler des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz, une route maritime vitale pour le commerce mondial. De même, la guerre en Ukraine, initialement prévue pour durer quelques semaines, s’est enlisée en cinq ans, illustrant la difficulté des grandes puissances à imposer leur volonté face à des adversaires déterminés.

Coopération malgré tout

Malgré ce tableau inquiétant, l’autrice rappelle que des mécanismes de coopération persistent. Les institutions techniques, les traités internationaux et le droit international restent en place, même affaiblis. Le Premier ministre canadien Mark Carney a qualifié l’ordre post-guerre froide de fiction agréable, tout en appelant les puissances moyennes comme le Canada, l’Australie ou le Japon à former de nouvelles coalitions pour combler le vide laissé par le retrait américain. Ces initiatives montrent que la fin d’un système n’implique pas nécessairement l’anarchie totale, mais plutôt une recomposition des alliances et des règles.

Ce que ça pourrait changer

Margaret MacMillan utilise une métaphore pour illustrer son propos : avant un orage, les signes avant-coureurs sont visibles mais souvent ignorés par les sociétés en paix. Elle compare cette situation à *La Peste* de Camus, où les habitants d’Oran ne réagissent pas aux rats morts jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Aujourd’hui, selon elle, *il y a des rats morts partout* : records de chaleur, sécheresses, endettement, recul des aides humanitaires, essor non régulé de l’IA, montée des populismes et diplomatie internationale impuissante. Ces indicateurs devraient alerter sur la nécessité d’agir avant que la situation ne devienne ingérable.

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