Robert E. Hall et Michael Woodford remportent le prix Nobel d’économie
Les modèles qu’ils ont élaboré ont aidé les gouvernements et les banques centrales à gérer les chocs économiques..
Les économistes américains Robert E. Hall et Michael Woodford ont reçu le prix Nobel d’économie le 12 octobre 2026 pour leurs travaux sur la gestion des crises économiques. Ce prix, officiellement nommé prix de la Banque de Suède en sciences économiques à la mémoire d’Alfred Nobel, est décerné chaque année depuis 1968. Il est remis en même temps que les autres prix Nobel, bien qu’il ne fasse pas partie des cinq prix originaux créés par Alfred Nobel en 1896. Les deux lauréats sont affiliés à des universités prestigieuses : Hall à l’Université de Stanford (Californie) et Woodford à l’Université Columbia (New York). Woodford a exprimé sa surprise lors de l’annonce, qualifiant cette distinction d’immense honneur. Le montant du prix s’élève à 12 millions de couronnes suédoises, soit environ 1,7 million de dollars canadiens.
Les travaux de Hall et Woodford ont permis de développer des modèles économiques utilisés par les gouvernements et les banques centrales pour atténuer les effets des chocs économiques, comme les crises énergétiques ou les variations brutales de l’inflation. Ces modèles aident à lisser les pics et les creux de l’économie, c’est-à-dire à réduire l’ampleur des fluctuations entre périodes de forte croissance et récessions. L’Académie royale des sciences de Suède a souligné que leurs contributions ont fourni une base théorique solide pour des politiques de stabilisation économique. Par exemple, ces modèles permettent d’ajuster les taux d’intérêt ou les dépenses publiques en fonction des anticipations des ménages et des entreprises, plutôt que de réagir de manière réactive.
Pendant des décennies, les gouvernements se sont appuyés sur les idées de l’économiste britannique John Maynard Keynes, élaborées dans les années 1930 pendant la Grande Dépression. Sa théorie (keynésienne) recommandait d’intervenir dans l’économie en augmentant les dépenses publiques et en baissant les impôts pour stimuler la consommation et l’investissement. Cependant, cette approche a montré ses limites face à des situations complexes comme la stagflation des années 1970. Ce terme désigne une période où l’inflation (hausse générale des prix) et le chômage augmentent simultanément, un phénomène que les modèles keynésiens traditionnels ne permettaient pas d’expliquer ou de résoudre efficacement.
Hall et Woodford ont contribué à moderniser les outils de gestion économique en intégrant la manière dont les consommateurs et les entreprises prennent réellement leurs décisions. Plutôt que de supposer que les acteurs économiques réagissent de façon prévisible aux politiques publiques, leurs modèles tiennent compte des comportements réels, comme les anticipations des ménages ou les stratégies des entreprises. Ces avancées ont permis de mieux comprendre comment les chocs économiques se propagent dans l’économie et comment les gouvernements peuvent y répondre de manière plus précise. John Hassler, président du comité Nobel, a salué ces travaux pour avoir jeté les nouvelles bases de la politique de stabilisation.
Le prix Nobel d’économie est décerné par la Banque de Suède, qui l’a créé en 1968 en hommage à Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite et fondateur des prix Nobel. Bien que ce prix ne soit pas un Nobel à proprement parler, il est remis chaque année le 10 décembre, date anniversaire de la mort de Nobel en 1896, en même temps que les autres distinctions. En 2026, les lauréats des prix Nobel de médecine, physique, chimie, littérature et paix avaient déjà été annoncés la semaine précédente. Le comité Nobel d’économie a souligné que les travaux de Hall et Woodford avaient transformé la manière dont les décideurs politiques abordent les crises économiques, en fournissant des outils plus adaptés aux réalités contemporaines.

