Karl Lagerfeld, Greta Thunberg ou Dark Vador : qui se dissimule derrière les petites bêtes ?
“Placida barackobamai”, “Hyloscirtus princecharlesi”, “Scaptia beyonceae”… Si ces dénominations scientifiques d’espèces vous évoquent des noms de personnalités, c’est normal. Barack Obama, le Prince Charles ou Beyoncé ont inspiré les chercheurs..
Certains chercheurs choisissent de nommer des espèces animales ou végétales en s’inspirant de célébrités, de personnalités historiques ou de personnages de fiction. Par exemple, des espèces comme Placida barackobamai, Hyloscirtus princecharlesi ou Scaptia beyonceae rendent hommage respectivement à Barack Obama, au prince Charles et à Beyoncé. Ces dénominations scientifiques ne sont pas choisies par les personnalités elles-mêmes, mais par les scientifiques qui découvrent ou décrivent pour la première fois une espèce. Ces noms peuvent refléter une admiration pour ces figures, leur engagement pour une cause liée à la biodiversité, ou encore une caractéristique physique de l’animal ou de la plante, comme un papillon dont le toupet blond rappelle celui d’un dirigeant politique.
Les chercheurs sont à l’origine de ces dénominations scientifiques, un processus appelé taxonomie. Lorsqu’une espèce est identifiée pour la première fois, elle reçoit un nom latin en deux parties : le genre (premier mot, toujours en majuscule) et l’espèce (deuxième mot, en minuscule). Par exemple, Homo sapiens désigne l’espèce humaine. Les scientifiques s’inspirent parfois de personnalités pour nommer ces espèces, souvent en raison d’une ressemblance physique, d’un engagement écologique ou d’un hommage. Ces noms ne sont pas officiels tant qu’ils ne sont pas publiés dans une revue scientifique reconnue. Le processus peut prendre des années, car la description d’une espèce doit être rigoureuse et validée par des pairs.
En 2026, le gardien de but capverdien Josimar Dias, surnommé Vozinha, a inspiré le nom d’une nouvelle espèce de mollusque marin, Aldisa vozinhai. Ce choix a été fait par le chercheur espagnol Jesús Ortea, qui souhaitait remercier le Cap-Vert pour sa reconnaissance de ses travaux sur la biodiversité marine. En 2023, le Cap-Vert avait décerné à Ortea la Médaille du mérite environnemental pour ses contributions à l’étude des écosystèmes marins de l’archipel. Cette nomination illustre comment un nom d’espèce peut servir à honorer une personnalité ou un pays, tout en mettant en lumière des enjeux de conservation. Le mollusque Aldisa vozinhai a été découvert dans les Caraïbes, mais son nom rend hommage à une figure liée à l’océan Atlantique.
Les motivations des chercheurs pour choisir des noms d’espèces inspirés de personnalités sont variées. Elles peuvent inclure une admiration personnelle pour une célébrité, un hommage à une figure historique ou politique, ou encore une reconnaissance pour un engagement en faveur de l’environnement. Parfois, le choix est motivé par une caractéristique physique de l’animal ou de la plante. Par exemple, un papillon aux ailes dorées pourrait être nommé Papilio obamai en référence à la couleur de la peau de Barack Obama. D’autres fois, le nom reflète une implication dans la protection de la biodiversité, comme pour Greta thunbergae, une espèce de scarabée nommée en hommage à l’activiste climatique Greta Thunberg.
La pratique de nommer des espèces d’après des personnalités n’est pas récente. Elle remonte à plusieurs siècles, bien que les critères aient évolué. Aujourd’hui, les scientifiques évitent généralement les noms controversés ou polémiques, comme ceux inspirés par des figures politiques controversées. Cependant, certaines dénominations historiques, comme Scaptia beyonceae (un taon australien nommé en 2012), ou Aptostichus sarlacc (une araignée nommée d’après le monstre Sarlacc de Star Wars), montrent que la créativité et l’humour jouent aussi un rôle dans ce processus. Ces noms permettent de rendre la science plus accessible et de susciter l’intérêt du grand public pour la biodiversité.
L’attribution de noms d’espèces inspirés de personnalités a un double impact sur la science. D’une part, elle permet de populariser la taxonomie et de sensibiliser le public à la biodiversité. D’autre part, elle peut attirer l’attention sur des enjeux environnementaux ou des figures inspirantes. Par exemple, nommer une espèce en hommage à Greta Thunberg peut renforcer la visibilité de ses combats pour le climat. Cependant, cette pratique soulève aussi des questions éthiques, notamment lorsque les noms choisis sont jugés inappropriés ou lorsque les personnalités concernées n’ont pas donné leur accord. Les comités de taxonomie veillent à ce que ces dénominations respectent des règles éthiques strictes.

