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Géopolitique

Comment les baby-boomeurs ont carotté la jeunesse européenne

Courrier International · mis à jour il y a 17 j

En Europe, la génération rock and roll née entre 1946 et 1964 a tout gagné et tout pris, alors que dans d’autres pays riches, elle finance sa propre retraite et transmet son patrimoine. Sur un Vieux Continent toujours plus vieux, les plus jeunes font face à une “arnaque intergénérationnelle”, affirme le très libéral “The Economist”..

Inégalités verticales

Les inégalités en Europe ne sont plus principalement liées à la géographie (Est/Ouest), mais à l’âge. Autrefois, les pays occidentaux riches dominaient les pays de l’Est, plus pauvres. Aujourd’hui, les jeunes Européens subissent des désavantages économiques par rapport aux générations plus âgées. Par exemple, ils peinent à quitter le domicile parental en raison de la flambée des prix de l’immobilier, tandis que les baby-boomeurs, nés entre 1945 et 1965, bénéficient de conditions avantageuses. Cette situation crée une fracture générationnelle où les jeunes financent indirectement le mode de vie des retraités actuels.

Coût du vieillissement

Le vieillissement de la population européenne pèse lourdement sur l’économie. Les dépenses liées aux retraites et à la santé des personnes âgées représentent environ un quart du PIB (Produit Intérieur Brut) de l’Union européenne. Cette part ne devrait pas diminuer, car le continent continue de vieillir. Les jeunes actifs, souvent trentenaires, paient des impôts élevés pour financer ces dépenses. Par exemple, en 1960, plus de 5 actifs cotisaient pour un retraité en Europe occidentale, contre seulement 2,5 aujourd’hui. Ce déséquilibre met à mal la viabilité du système de retraites par répartition, où les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités.

Baby-boomeurs, pharaons modernes

Les baby-boomeurs, génération née entre 1945 et 1965, sont surnommés les pharaons en raison de leur longévité et de leur impact économique. Ils ont bénéficié de conditions favorables, comme des pensions de retraite généreuses et une hausse continue des prix de l’immobilier. Aujourd’hui, ils détiennent une part importante des biens immobiliers en Europe, souvent acquis à bas prix. Leur héritage inclut aussi un système de retraites coûteux, financé par les générations suivantes. Leur influence politique est forte, car ils votent davantage que les jeunes, ce qui pousse les gouvernements à privilégier leurs intérêts, comme les pensions ou les maisons de retraite.

Accès à la propriété bloqué

L’accès à la propriété est devenu un rêve inaccessible pour de nombreux jeunes Européens. Les prix de l’immobilier ont augmenté de 25 % en une décennie, tandis que les loyers progressent plus vite que les revenus. Par exemple, près d’un quart des Européens nés dans les années 1980 vivaient encore chez leurs parents à 30 ans, soit 50 % de plus que les générations précédentes. Les baby-boomeurs, ayant remboursé leurs emprunts immobiliers, profitent de la hausse des prix, tandis que les jeunes doivent souvent reporter leur indépendance financière ou compter sur un héritage futur.

Retraites : modèle européen en question

En Europe, les retraites sont principalement financées par les actifs, via un système de répartition (les cotisations des travailleurs paient directement les pensions des retraités). Ce modèle contraste avec celui des États-Unis ou du Japon, où les retraités dépendent davantage de retraites privées ou d’activités à temps partiel. En Europe, les retraités quittent leur emploi tôt et vivent longtemps, ce qui alourdit le fardeau des cotisants. Par exemple, les milliers de milliards d’euros mis de côté dans des fonds de pension privés aux États-Unis ont stimulé l’innovation, tandis qu’en Europe, ces capitaux manquent pour financer la croissance des entreprises, notamment dans les secteurs technologiques.

Démographie et politique

L’âge médian des votants lors de la dernière élection présidentielle française était de 52 ans, soit moins de dix ans avant l’âge légal de départ à la retraite. Les personnes âgées votent davantage que les jeunes, ce qui influence les priorités politiques. Les gouvernements européens privilégient souvent les dépenses liées aux retraites ou aux maisons de retraite, au détriment d’autres domaines comme l’éducation ou l’innovation. Par exemple, les coupes budgétaires touchent rarement les pensions, mais affectent plus facilement les services publics destinés aux jeunes. Cette dynamique crée un déséquilibre où les décisions politiques reflètent davantage les intérêts des générations âgées que ceux des jeunes.

Ce que ça pourrait changer

La pandémie de Covid-19 a mis en lumière les inégalités intergénérationnelles. Les jeunes ont subi des années de restrictions sociales principalement pour protéger les personnes âgées, souvent plus vulnérables. Pourtant, ils n’ont pas bénéficié de mesures compensatoires significatives. Par exemple, malgré la création d’un poste de commissaire européen à l’**Équité intergénérationnelle**, les jeunes n’ont pas reçu de soutien concret en retour. Cette situation a renforcé le sentiment d’une *arnaque intergénérationnelle*, où les jeunes financent indirectement le mode de vie des générations précédentes sans en tirer de bénéfices équivalents.

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