"Prenez un selfie pour accéder à votre compte" : c'est la nouvelle mesure testée par Google
En ligne, nous prouvons encore notre identité avec des mots de passe et des codes reçus par message. Les géants du web cherchent désormais une preuve plus difficile à voler.
Pour accéder à leurs comptes en ligne, les utilisateurs doivent généralement fournir une preuve d'identité composée d’un mot de passe, une séquence secrète de caractères choisis par eux-mêmes, et parfois d’un code reçu par SMS, un numéro à usage unique envoyé sur leur téléphone mobile. Ces méthodes, bien que répandues, présentent des risques : les mots de passe peuvent être devinés, volés ou piratés, tandis que les codes par SMS peuvent être interceptés via des attaques comme le sim swapping (usurpation de ligne téléphonique). En 2023, selon une étude de la société de cybersécurité Verizon, 83 % des violations de données impliquaient des identifiants faibles ou volés, soulignant la vulnérabilité de ces systèmes. Google, comme d’autres géants du web, cherche donc à remplacer ces méthodes par des solutions plus sûres.
Google teste une alternative pour sécuriser l’accès aux comptes : la reconnaissance faciale en temps réel. Cette technologie demande à l’utilisateur de filmer son visage en direct à l’aide de la caméra de son appareil (smartphone, ordinateur) pour prouver son identité. Contrairement à une photo statique, cette méthode analyse des éléments dynamiques comme les mouvements des yeux, les expressions ou la profondeur du visage, rendant la fraude plus difficile. Le système s’inscrit dans une tendance appelée authentification biométrique, qui utilise des caractéristiques physiques uniques pour vérifier une identité. En 2022, une enquête de Gartner estimait que 60 % des entreprises utilisaient déjà une forme de biométrie pour sécuriser l’accès à leurs systèmes, un chiffre en hausse constante.
L’objectif principal de Google avec cette méthode est de réduire les risques de piratage liés aux mots de passe et aux codes SMS. En remplaçant ces éléments par une vérification basée sur des traits biologiques, l’entreprise espère limiter les fraudes, notamment celles liées au phishing (technique d’hameçonnage consistant à tromper l’utilisateur pour lui soutirer ses identifiants). Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les cyberattaques se multiplient : en 2023, le nombre d’attaques par ransomware (logiciels malveillants bloquant l’accès aux données) a augmenté de 95 % en France selon l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). Google n’a pas précisé si cette fonctionnalité serait généralisée ou réservée à certains comptes.
Pour utiliser cette fonctionnalité, l’utilisateur doit activer l’option dans les paramètres de son compte Google. Lors de la connexion, le système lui demande de filmer son visage pendant quelques secondes. Un algorithme analyse ensuite la vidéo en temps réel pour comparer les traits du visage avec les données biométriques enregistrées lors de la configuration initiale. Si la correspondance est validée, l’accès est autorisé. Cette technologie repose sur des modèles d’intelligence artificielle (IA) entraînés sur des millions de visages pour distinguer les caractéristiques uniques de chaque individu. Google utilise ici une approche appelée liveness detection (détection de vivacité), qui vérifie que le visage filmé est bien celui d’une personne réelle et non une photo ou un masque.
Malgré ses avantages, cette méthode soulève des questions. D’abord, elle nécessite un appareil équipé d’une caméra de qualité et une connexion internet stable pour fonctionner. Ensuite, elle pose des problèmes de **vie privée** : certains utilisateurs pourraient craindre que leurs données biométriques, considérées comme sensibles, soient stockées ou utilisées à d’autres fins. En Europe, le *RGPD* (Règlement général sur la protection des données) encadre strictement le traitement de ces données, mais leur sécurité dépend aussi des pratiques des entreprises. Enfin, cette technologie exclut les personnes ayant des difficultés à utiliser une caméra, comme les malvoyants ou les utilisateurs de certains handicaps moteurs. Google n’a pas encore communiqué sur les éventuels coûts ou partenariats liés à cette innovation.

