Les Houthis du Yémen, partenaires de Téhéran dans la guerre avec Washington
Ce groupe rebelle menace de prendre le contrôle d’un autre passage maritime vital pour l’économie mondiale..
Les Houthis, aussi appelés Ansar Allah (« partisans de Dieu »), sont un groupe armé yéménite d'obédience chiite. Ils sont apparus à la fin des années 1990 sous la direction de la famille Houthi, marginalisée par le gouvernement central yéménite. Bien qu'ils aient des racines tribales, ils forment un mouvement à la fois religieux, politique et militaire. En 2014, ils ont renversé le gouvernement yéménite et pris le contrôle de la capitale, Sanaa. Depuis 2015, une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite tente de les déloger, sans succès. Ils ne sont reconnus comme gouvernement légitime que par l'Iran, tandis que la communauté internationale considère le gouvernement yéménite officiel, basé à Aden, comme l'autorité reconnue.
Les Houthis entretiennent une relation étroite avec l'Iran, qui leur fournit un soutien logistique, militaire et financier. Cependant, selon Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa, ils conservent une autonomie décisionnelle importante. Leurs intérêts sont alignés avec ceux de Téhéran, notamment dans leur opposition aux États-Unis et à Israël. L'Iran voit dans les Houthis un moyen de renforcer son influence régionale, tandis que ces derniers bénéficient de cette alliance pour consolider leur pouvoir au Yémen. Leur arsenal militaire, incluant missiles, drones et véhicules sous-marins, provient principalement de réseaux d'approvisionnement iraniens.
Depuis juillet 2026, les Houthis ont intensifié leurs actions militaires en prenant le contrôle de la ville portuaire de Mokha et de l'île de Mayyun, située dans le détroit de Bab el-Mandeb. Ce détroit est un passage stratégique reliant l'océan Indien à la mer Rouge, emprunté par les navires à destination du canal de Suez. Ces prises leur permettent de renforcer leur emprise sur une voie maritime vitale pour le commerce mondial. Le 11 septembre 2026, ils ont également revendiqué une attaque contre une base militaire saoudite, illustrant leur capacité à frapper au-delà des frontières yéménites.
La perturbation du trafic maritime dans le détroit de Bab el-Mandeb pourrait aggraver les tensions sur les prix de l'énergie. Le détroit d'Ormuz, autre voie majeure pour les exportations pétrolières, est déjà partiellement bloqué depuis août 2026, avec une production saoudienne au plus bas depuis 1990. Pour contourner ce blocage, l'Arabie saoudite utilise un oléoduc reliant ses champs pétrolifères à la mer Rouge, acheminant environ 4 millions de barils par jour (4 % de l'approvisionnement mondial). Cependant, cet oléoduc a été attaqué le 12 septembre 2026, probablement par des milices chiites irakiennes soutenues par l'Iran, ce qui menace d'aggraver la crise pétrolière et d'alimenter l'inflation mondiale.
Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, refusent d'intervenir militairement contre les Houthis, malgré les demandes de l'Arabie saoudite. Un accord de cessez-le-feu tacite aurait été conclu en mai 2025 : les Houthis limitent leurs attaques contre les navires saoudiens, et les États-Unis s'engagent à ne pas les bombarder. Environ 100 conseillers militaires américains sont déployés en Arabie saoudite pour soutenir Riyad, tandis que l'Iran maintient des centaines de membres des Gardiens de la révolution au Yémen. Le Canada, quant à lui, a inscrit les Houthis sur sa liste d'entités terroristes à la fin 2024.
La reprise des combats au Yémen depuis juillet 2026 a déjà provoqué le déplacement de près de 86 000 personnes. Les frappes aériennes américaines et britanniques contre les Houthis, notamment entre fin 2023 et mai 2025, ont causé la mort de 213 civils yéménites. Ces opérations visaient à protéger le commerce maritime, mais elles ont aussi alimenté les tensions régionales. Les pays du Golfe, comme l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, sont pris dans un dilemme : une intervention plus directe pourrait entraîner des représailles houthies, comme des attaques contre leurs infrastructures pétrolières ou des tirs de missiles, déjà observés en 2022.
La situation illustre l'extension du conflit israélo-américain contre l'Iran, avec les Houthis comme acteurs régionaux. Leur prise de contrôle de zones stratégiques en mer Rouge et leurs attaques contre des cibles saoudiennes renforcent leur position dans la guerre civile yéménite. Les pays du Golfe, déjà fragilisés par la fermeture du détroit d'Ormuz, craignent une aggravation de leur situation économique et sécuritaire. Leur marge de manœuvre est limitée, car une réponse militaire directe pourrait déclencher des représailles houthies, tandis qu'une passivité prolongée risquerait d'affaiblir leur influence dans la région.

