Nicolae Minovici, l'homme qui s'est pendu douze fois pour la science
Au début du XXe siècle, un médecin roumain tente de percer les mystères de la pendaison, quitte à devenir le cobaye d'expériences douloureuses. Voici son histoire à couper le souffle..
Nicolae Minovici (1868-1941) était un médecin légiste roumain, spécialiste des autopsies et de l'étude des suicides par pendaison. Il travaillait à l'institut médico-légal de Bucarest au début du XXe siècle. Passionné par la science et engagé dans des réformes sociales, il a marqué son époque par des expériences audacieuses et des actions humanitaires. Il a notamment contribué à la création de services ambulanciers dans les Balkans et a défendu les droits des sans-abri et des mères célibataires. Son approche mêlait rigueur scientifique et engagement social, ce qui lui a valu une grande estime dans la société roumaine.
Minovici était confronté quotidiennement à des victimes de suicide par pendaison dans son travail d'autopsie. À l'époque, ces suicides étaient fréquents en Europe, souvent liés à la misère et à l'alcoolisme, fléaux de la société industrielle. Il a remarqué que les études scientifiques sur le sujet reposaient principalement sur des autopsies ou des expériences animales, ce qui ne permettait pas de comprendre les sensations réelles des victimes. Pour combler cette lacune, il a décidé d'étudier la pendaison de manière directe, en expérimentant lui-même.
Entre 1901 et 1904, Minovici a mené douze expériences de pendaison sur lui-même, qu'il qualifiait de contrôlées. Il utilisait une corde glissée dans une poulie suspendue au plafond, qu'il tirait brusquement pour simuler les premiers symptômes de la pendaison. Ses expériences ont évolué : d'abord allongé sur un matelas, il a ensuite suspendu ses pieds au sol avant de se laisser pendre entièrement. À chaque fois, il notait méticuleusement ses sensations, comme des bourdonnements dans les oreilles, des vertiges ou des troubles de la vision.
Minovici a publié en 1904 une étude faisant autorité sur la pendaison, illustrée de croquis de nœuds coulants et de photographies post-mortem. Ses observations ont permis de mieux comprendre les symptômes ressentis par les victimes, comme la cyanose (coloration violacée du visage due au manque d'oxygène) ou la fermeture hermétique des voies respiratoires. Cependant, il a dû interrompre ses expériences après seulement 26 secondes, incapable de supporter plus longtemps la strangulation. Il a reconnu les limites de l'auto-expérimentation, soulignant que ses résultats ne pouvaient refléter pleinement la réalité des suicides.
Malgré ses expériences extrêmes, Minovici a consacré une grande partie de sa vie à des réformes sociales à Bucarest. Il a aidé les sans-abri à trouver un logement, protégé les mères célibataires et plaidé pour la création des premiers services ambulanciers dans les Balkans. Ces actions lui ont valu une reconnaissance publique, au point qu'il a été élu maire de sa commune en 1934 sans même se déclarer candidat. Célibataire toute sa vie, il est mort en 1941 des suites d'un cancer du larynx, ironiquement lié à la région de la gorge.

