SpaceX double presque son chiffre d’affaires, mais l’IA plombe l’ambiance
Après une introduction en Bourse en fanfare le 12 juin, l’heure est au premier bilan pour SpaceX qui a livré ses tout premiers résultats trimestriels ce 4 août. L’occasion d’en savoir plus sur la véritable santé financière du fourre-tout d’Elon Musk, qui combine des activités de lanceur spatial, d’IA et de réseau social.
SpaceX, désormais aussi appelée SpaceXAI, a publié ses résultats financiers pour le deuxième trimestre de 2026. L’entreprise affiche une croissance spectaculaire de son chiffre d’affaires, qui atteint 7,8 milliards de dollars, soit une hausse de 92 % par rapport au même trimestre de l’année précédente. Malgré cette performance, SpaceX enregistre une perte nette de 541 millions de dollars, bien que ce résultat soit amélioré par rapport aux 1 milliard de pertes du trimestre correspondant en 2025. L’entreprise dispose en revanche d’une trésorerie très solide, s’élevant à 100 milliards de dollars, qui servira notamment à financer ses investissements massifs dans l’intelligence artificielle (IA). Ces chiffres illustrent une dynamique de croissance rapide, mais aussi des défis financiers persistants, notamment liés à ses activités innovantes.
L’un des principaux facteurs expliquant les pertes de SpaceX est l’énorme investissement consenti dans son activité dédiée à l’intelligence artificielle, désormais intégrée sous le nom de xAI. Au deuxième trimestre 2026, SpaceX a dépensé 15,8 milliards de dollars pour développer cette branche, sur un total de 18,4 milliards de dollars de dépenses globales. Cette activité a généré 2,6 milliards de revenus, en progression de 247 % sur un an et de 213 % par rapport au trimestre précédent. SpaceX y développe notamment son propre modèle d’IA, Grok, conçu pour rivaliser avec des solutions comme GPT, Claude ou Gemini. Par ailleurs, l’infrastructure de calcul de SpaceX, notamment son datacenter Colossus, est également louée à d’autres entreprises, comme Anthropic, qui utilise ses capacités pour son modèle Claude. Le carnet commercial de ce service cloud s’élève à 14,1 milliards de dollars. Cependant, cette activité reste déficitaire, avec une perte opérationnelle de 1,3 milliard de dollars, bien qu’en amélioration de près de 50 % par rapport au trimestre précédent.
Le service de connexion internet par satellite Starlink constitue le principal contributeur aux revenus de SpaceX, avec 4,3 milliards de dollars générés au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de 66 % sur un an et de 32 % par rapport au trimestre précédent. Starlink compte désormais 12 millions d’abonnés, un doublement en un an, avec une croissance de 1,7 million d’abonnés sur le trimestre. Le revenu moyen par abonné (ARPU, pour Average Revenue Per User) s’établit à 66 dollars par mois, stable par rapport au premier trimestre mais en baisse de 22 % par rapport à l’an dernier (85 dollars). Cette diminution s’explique par des efforts tarifaires pour conquérir de nouveaux marchés à l’international. Starlink cible également les entreprises et les gouvernements, avec des revenus en hausse de 108 % sur un an et de 63 % sur un trimestre, notamment grâce à des contrats avec des compagnies aériennes pour fournir un accès internet en vol. La présidente de SpaceX, Gwynne Shotwell, a annoncé le développement d’une infrastructure terrestre pour compléter le réseau satellite et offrir un service mobile complet.
Pour renforcer ses capacités, SpaceX a réalisé plusieurs acquisitions et investissements majeurs. En novembre 2025, l’entreprise a acheté pour 19,6 milliards de dollars de fréquences à EchoStar, afin d’accélérer le déploiement de son service direct-to-cell, qui permet une connexion satellite directe depuis un téléphone portable, sans besoin d’antenne relais. SpaceX a également signé des contrats publics dépassant les 6 milliards de dollars pour Starshield, une version sécurisée de Starlink destinée aux gouvernements et aux usages militaires. Par ailleurs, l’acquisition de l’entreprise Cursor pour 60 milliards de dollars confirme l’ambition de SpaceX de concurrencer des acteurs comme Anthropic et OpenAI sur le marché du développement de code pour les entreprises. La version 4.5 de Grok se distingue justement par ses capacités en programmation et son rapport performance-prix.
L’activité historique de SpaceX, à savoir le lancement de fusées, reste la moins rentable des branches de l’entreprise, avec 962 millions de dollars de revenus au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de 29 % sur un an et de 55 % par rapport au premier trimestre. Sur les six premiers mois de l’année, SpaceX a effectué 78 lancements, plaçant 1 041 tonnes en orbite, principalement des satellites pour Starlink. Ces lancements, bien que nombreux, restent coûteux : les dépenses, notamment en recherche et développement, ont augmenté de 389 millions de dollars sur un an, principalement pour financer le développement de la fusée Starship V3 et améliorer ses capacités de réutilisation. Ces investissements visent à réduire les coûts à long terme, mais pèsent temporairement sur les marges.
Les résultats financiers de X, le réseau social autrefois appelé Twitter, reflètent une situation moins florissante. Au deuxième trimestre 2026, X a généré 367 millions de dollars de revenus publicitaires, en baisse de 14 % par rapport à l’année précédente. Sur les six premiers mois de l’année, les recettes publicitaires s’élèvent à 710 millions de dollars, soit 160 millions de moins qu’en 2025 sur la même période. Face à ce déclin, X se tourne davantage vers les abonnements payants pour compenser la baisse des revenus publicitaires. Ces résultats contrastent avec la croissance globale de SpaceX, soulignant les défis rencontrés par certaines de ses filiales.
Les annonces de SpaceX n’ont pas convaincu les investisseurs, qui ont réagi négativement : l’action de l’entreprise, non cotée en bourse, a chuté de 10 % après la publication des résultats. Cette baisse s’explique par l’ampleur des dépenses prévues pour l’IA, notamment la construction de datacenters capables de fournir jusqu’à deux gigawatts de capacité de calcul dès 2026, puis près de dix gigawatts d’ici fin 2027. L’action de SpaceX, lancée à 160 dollars lors de son introduction en bourse, a atteint temporairement 200 dollars avant de redescendre sous son prix d’introduction, s’échangeant à 115 dollars au moment de l’article. Ces réactions illustrent les tensions entre croissance rapide, investissements massifs et rentabilité à court terme.

