Requiem pour une enquête statistique
Les compressions budgétaires d’Ottawa signent la mort d’une enquête appréciée sur la situation des entreprises..
Le gouvernement fédéral canadien a décidé de mettre fin à l’Enquête sur la situation des entreprises, menée par Statistique Canada depuis le début de la pandémie en 2020. Cette enquête, réalisée tous les trois mois, permettait de recueillir des données sur des enjeux variés comme le travail à distance, la rareté de main-d’œuvre, les pratiques environnementales ou encore le coût de la vie. Selon une porte-parole de l’agence, cette décision s’inscrit dans un contexte de compressions budgétaires visant à rationaliser les opérations. L’enquête était appréciée pour son rôle dans la fourniture rapide de données contextuelles sur la perception des entreprises face aux défis économiques actuels.
L’enquête récente de Statistique Canada, publiée en août 2026, révélait que près du tiers des entreprises canadiennes anticipaient des impacts négatifs liés aux droits de douane américains au cours de l’année suivante. Cette proportion variait selon les régions : seulement une entreprise sur quatre au Québec, mais près de 40 % dans le secteur manufacturier. À l’inverse, une majorité d’entreprises québécoises craignaient davantage les tarifs imposés par le Canada sur les importations américaines, avec 27 % des entreprises concernées et jusqu’à 62 % dans le secteur de la fabrication. Ces chiffres illustrent les tensions commerciales entre les deux pays et leurs effets sur l’économie locale.
L’enquête a également révélé que plus de la moitié des entreprises québécoises (51,2 %) ne prévoyaient pas utiliser l’intelligence artificielle (IA) au cours des 12 prochains mois. Cette proportion est similaire à celle observée dans l’ensemble du Canada (53 %), mais marque une forte progression par rapport aux années précédentes, où le rejet de l’IA était de 75 %. Les secteurs les plus réfractaires incluent la construction (64 %), le transport (71 %) et les entreprises dont le propriétaire a 65 ans et plus (78 %). Les principales raisons invoquées sont le manque d’utilité perçue dans leur domaine (81 %) et, dans une moindre mesure, le manque de connaissances (10 %) ou des préoccupations liées à la confidentialité (10 %).
La disparition de l’Enquête sur la situation des entreprises s’inscrit dans un plan plus large de Statistique Canada visant à réduire ses dépenses. Le gouvernement fédéral a annoncé que les programmes jugés « les plus critiques », comme le recensement ou les indicateurs d’inflation, seraient préservés. Cependant, au moins une vingtaine de programmes, dont celui sur les entreprises, seront supprimés. Les économies seront réalisées en optimisant la collecte des données, par exemple en croisant des informations administratives ou en utilisant l’IA. Malgré ces mesures, la fréquence et le niveau de détail des données pourraient diminuer, ce qui limitera la disponibilité d’informations précises sur l’économie canadienne.
La disparition de cette enquête a suscité des réactions, notamment de la part d’*Emna Braham*, p.-d.g. de l’*Institut du Québec*. Elle a souligné l’importance de disposer de données impartiales et continues pour éclairer les décisions économiques. Bien que d’autres organisations, comme les chambres de commerce, publient leurs propres enquêtes, leur continuité et leur neutralité ne garantissent pas la même fiabilité. Braham a rappelé que les statistiques publiques, bien que peu « *sexy* », jouent un rôle essentiel dans la compréhension de la réalité économique et la prise de décisions éclairées par l’État.

