Le « hobbit » de Florès n'était pas un chasseur mais un charognard qui récupérait les restes des dragons de Komodo
On imaginait ces minuscules humains de l'île de Florès en chasseurs ingénieux, capables de tailler des outils et d'apprivoiser le feu. Les indices tenaient surtout à des os coupés et noircis.
Le Homo floresiensis, surnommé le « hobbit » de Florès en raison de sa petite taille (environ 1 mètre), est une espèce humaine disparue qui vivait sur l'île indonésienne de Florès il y a environ 50 000 à 100 000 ans. Découvert en 2003, ce fossile a suscité de nombreux débats parmi les scientifiques. Initialement, certains chercheurs pensaient qu'il s'agissait d'un chasseur habile, capable de chasser des proies de grande taille. Cependant, une nouvelle étude publiée en 2026 remet en cause cette hypothèse et suggère que le « hobbit » avait un régime alimentaire bien différent.
Contrairement aux idées reçues, le « hobbit » de Florès n'était probablement pas un chasseur actif. Les chercheurs ont analysé des traces de morsures et des marques sur des ossements d'animaux retrouvés sur le site archéologique de Liang Bua, où les fossiles ont été découverts. Les résultats indiquent que ces marques correspondent davantage à celles laissées par des charognards, comme les dragons de Komodo (Varanus komodoensis), des lézards géants encore présents aujourd'hui en Indonésie. Le « hobbit » aurait donc récupéré les restes de proies tuées par ces prédateurs, plutôt que de chasser lui-même.
Le régime alimentaire du « hobbit » semble avoir été opportuniste, c'est-à-dire qu'il profitait des ressources disponibles sans effort de chasse actif. Les scientifiques ont identifié des ossements d'animaux, comme des stégodons (des ancêtres des éléphants) et des rats géants, présentant des traces de morsures compatibles avec celles des dragons de Komodo. Ces marques suggèrent que le « hobbit » se nourrissait des restes laissés par ces prédateurs, une stratégie alimentaire appelée charognage. Cette hypothèse est renforcée par la petite taille du « hobbit », qui limitait ses capacités de chasse.
Les dragons de Komodo (Varanus komodoensis) sont les plus grands lézards du monde, pouvant mesurer jusqu'à 3 mètres de long et peser jusqu'à 90 kg. Ces prédateurs puissants chassent des proies de grande taille, comme des cerfs ou des sangliers, et laissent souvent des carcasses partiellement consommées. L'île de Florès, où vivait le « hobbit », abritait également ces dragons, dont les traces de morsures sur les ossements d'animaux correspondent à celles observées sur les fossiles humains. Cette cohabitation suggère une relation de dépendance entre le « hobbit » et ces prédateurs.
Cette découverte modifie notre compréhension de l'évolution humaine et des stratégies alimentaires des espèces disparues. Le charognage était probablement une stratégie courante chez les hominidés, comme le suggère également le cas des australopithèques en Afrique. Le « hobbit » de Florès montre que même une espèce humaine de petite taille pouvait survivre en exploitant les ressources laissées par des prédateurs plus imposants. Cette étude met en lumière la diversité des modes de vie des premiers humains et leur capacité à s'adapter à des environnements difficiles.
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont utilisé des techniques d'analyse avancées, comme la *tomographie par micro-CT*, qui permet d'étudier les microtraces sur les ossements sans les endommager. Ils ont également comparé les marques de morsures avec celles laissées par des prédateurs modernes, comme les dragons de Komodo, pour établir des correspondances. Ces méthodes, combinées à des datations au carbone 14, ont permis de reconstituer le régime alimentaire du « hobbit » avec une grande précision. Ces outils sont de plus en plus utilisés en paléoanthropologie pour étudier les comportements des espèces disparues.

