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Généraliste

Michel Jean, figure de proue d’un vent en poupe

Le Devoir · mis à jour 28 sept.

Le romancier innu publie «Nishim» en France, livre portant sur sa famille malmenée par la colonisation..

Michel Jean, star littéraire

Michel Jean est une figure médiatique et littéraire québécoise reconnue, à la fois pour ses apparitions télévisuelles (notamment sur TVA) et ses succès d’écriture. Son roman Kukum (2020) a connu un succès exceptionnel avec plus de 350 000 exemplaires vendus, dont 300 000 au Québec seulement. Pour être considéré comme un best-seller, un livre doit s’écouler à 3 000 exemplaires au Québec ou 10 000 en France. Son nouveau roman, Nishim, publié chez Le Seuil en France et au Québec, s’inscrit dans la continuité de Kukum en explorant l’histoire familiale de l’auteur, marquée par deux trajectoires de femmes innues au XXe siècle. Michel Jean, dont la grand-mère s’appelait Kukum (terme innu-aimun pour « grand-mère ») et dont la mère s’appelle Claude, y dépeint les conséquences de la colonisation, des pensionnats autochtones et de la perte des territoires traditionnels.

Deux destins de femmes innues

Dans Nishim, Michel Jean raconte l’histoire de deux cousines, Jeannette et Claude (sa mère), toutes deux petites-filles d’Almanda (Kukum). Jeannette incarne la modernisation du Québec à travers la Révolution tranquille, tandis que Claude représente la lutte pour préserver la culture innue après des décennies de violences aux pensionnats autochtones et de destruction des terres ancestrales. Le roman s’appuie sur des recherches approfondies et une structure narrative en deux temps, alternant entre les récits des deux femmes. Michel Jean a travaillé trois ans sur le manuscrit avant de l’écrire en six mois, décrivant ce processus comme une expérience presque extracorporelle, comme si les mots venaient d’ailleurs.

Colonisation et mémoire innue

Le livre aborde des thèmes lourds comme le racisme, la colonisation et l’acculturation forcée des peuples autochtones. Michel Jean y décrit notamment le pensionnat de Fort George, ouvert en 1930 pour « tuer l’Indien dans l’Indien », où des enfants innus comme Jeannette ont été arrachés à leur famille. Au Québec, six pensionnats pour les Premières Nations et quatre pour les Inuits ont fonctionné, contre 139 au Canada. L’auteur souligne que le Québec, contrairement à d’autres provinces, n’a signé qu’un seul traité avec les Autochtones (à la Baie-James), imposé par la justice. Il critique aussi l’absence de reconnaissance de la langue innu-aimun, considérée comme étrangère, et l’exploitation des terres ancestrales par le gouvernement québécois pour des barrages ou des compagnies forestières.

Succès en France et en Europe

Le roman Nishim est publié en France dans la collection littéraire Cadre rouge du Seuil, un choix qui reflète l’intérêt croissant pour les voix autochtones et les récits minoritaires. Contrairement à certaines idées reçues, la France accueille bien ces œuvres, comme en témoigne un article de M du Monde soulignant une rentrée littéraire québécoise marquée par des auteurs comme Steve Poutré ou Mathieu Rolland. Clémentine Goldszal, journaliste culturelle, explique ce succès par la différence narrative du français québécois, l’exotisme des paysages nord-américains et l’avance du Québec sur des questions sociétales comme le féminisme ou la diversité. L’écosystème éditorial québécois, soutenu par des subventions, favorise aussi cette dynamique exportatrice.

Ce que ça pourrait changer

La percée de Michel Jean s’inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance de la littérature québécoise à l’international. Des maisons d’édition comme *Le Quartanier* ou *Héliotrope* ont contribué à ce phénomène, souvent grâce à des programmes gouvernementaux. Éric Chacour, écrivain, résume cette stratégie par la nécessité pour le Québec, marché du livre restreint, de s’exporter pour atteindre des économies d’échelle. Michel Jean lui-même a acheté une maison en Bourgogne, qu’il souhaite transformer en résidence d’écrivains autochtones. Son ambition est d’ouvrir la voie à d’autres auteurs des Premières Nations, comme le voiturier qui l’a inspiré et qui, selon lui, incarne un lecteur passionné et un personnage de roman.

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