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Trump se tire dans le pied avec les droits de douane sur l’aluminium, selon l’IEDM

Le Devoir · mis à jour il y a 14 j

Les prix de l’acier et de l’aluminium ont augmenté davantage aux États-Unis qu’au Canada..

Droits de douane américains

En mars 2025, le gouvernement de Donald Trump a imposé des droits de douane de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium aux États-Unis. Ces taxes ont ensuite été doublées à 50 % en juin de la même année. L’objectif affiché était de protéger les industries américaines de l’acier et de l’aluminium en rendant les produits étrangers plus chers. Cependant, ces mesures ont aussi touché le Canada, malgré l’existence de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), un traité commercial liant ces trois pays. Les droits de douane visent à rendre les produits locaux plus compétitifs en pénalisant les importations, mais leur application large a des répercussions inattendues sur l’économie américaine.

Impact sur les prix

Les droits de douane ont entraîné une hausse des prix de l’acier et de l’aluminium aux États-Unis, plus marquée qu’au Canada, qui n’a pas appliqué ces taxes. Entre décembre 2024 et juin 2026, les prix de l’acier ont augmenté de 35 % aux États-Unis, contre seulement 1 % au Canada. Pour l’aluminium, la hausse a été de 60 % aux États-Unis et de 26 % au Canada. Cette différence s’explique par l’absence de droits de douane au Canada, où les prix restent plus stables. Renaud Brossard, de l’Institut économique de Montréal (IEDM), souligne que cette inflation touche indirectement toutes les industries utilisant ces matériaux, comme l’automobile ou la construction, les rendant moins compétitives.

Effets sur l’économie

Les droits de douane n’ont pas eu l’effet escompté sur la production américaine d’acier et d’aluminium. Bien qu’ils aient légèrement boosté l’emploi de 0,3 % dans les entreprises protégées, ils ont aussi causé une baisse de 1,1 % de l’emploi dans les industries dépendantes de ces matériaux, selon la Réserve fédérale (Fed). Un rapport de la Commission du commerce international des États-Unis montre que les gains de production de 2,25 milliards de dollars en 2021 ne compensent pas les pertes de 3,5 milliards de dollars dans les autres secteurs. Les investissements nécessaires pour augmenter la production sont trop importants et risqués, car la politique tarifaire de Trump est jugée instable, ce qui décourage les industriels.

Dépendance américaine

Les États-Unis dépendent fortement de l’aluminium canadien, notamment du Québec, pour répondre à leur demande. William Oplinger, PDG d’Alcoa, une entreprise américaine, a expliqué en avril 2025 qu’il faudrait construire au moins cinq à six nouvelles fonderies pour couvrir les besoins, ce qui nécessiterait une capacité énergétique équivalente à sept réacteurs nucléaires ou dix fois le barrage Hoover. En attendant, l’importation d’aluminium canadien reste la solution la plus efficace et la moins coûteuse. Cette dépendance illustre les limites des droits de douane pour relancer une industrie locale, surtout lorsque les capacités de production manquent cruellement.

Comparaison historique

L’IEDM s’est inspiré d’une mesure similaire prise par Trump en 2018, où des droits de douane avaient aussi été imposés sur l’acier et l’aluminium. Un rapport de la Commission du commerce international des États-Unis avait alors révélé que les gains pour le secteur protégé (2,25 milliards de dollars) étaient largement inférieurs aux pertes subies par les industries utilisatrices (3,5 milliards de dollars). De plus, la Réserve fédérale avait estimé que l’emploi avait progressé de 0,3 % dans les entreprises protégées, mais reculé de 1,1 % dans celles qui dépendaient de ces matériaux. Ces chiffres montrent que les droits de douane peuvent, à long terme, fragiliser les industries qu’ils prétendent soutenir.

Ce que ça pourrait changer

Face aux droits de douane américains, le Canada a envisagé des mesures de représailles, comme l’imposition de droits de douane sur des produits américains. Cependant, l’IEDM met en garde contre cette stratégie, car elle pourrait nuire aux entreprises canadiennes et affaiblir la position juridique du Canada dans les litiges commerciaux. Renaud Brossard explique que riposter de cette manière reviendrait à « se donner un coup de pelle au visage ». Il souligne que le Canada doit défendre ses intérêts, mais que les représailles économiques ne sont pas la meilleure solution pour contrer les mesures protectionnistes de Trump.

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