Covid long : une étude sur 771 patients révèle un point commun troublant chez les cas les plus sévères
Les bactéries de la bouche et des poumons diffèrent nettement chez les anciens malades du covid selon la gravité de leurs séquelles. Une étude britannique menée sur 771 patients hospitalisés le confirme.
En octobre 2026, des chercheurs de l’université de Dundee au Royaume-Uni ont publié les résultats d’une étude sur le covid long menée auprès de 771 anciens patients hospitalisés pour une infection au SARS-CoV-2 entre février 2020 et mars 2021. L’âge moyen des participants était de 57,5 ans, et 38,5 % étaient des femmes. Cette étude s’inscrit dans le cadre de PHOSP-COVID, un projet britannique majeur dédié à l’étude des séquelles du covid long. Les participants ont été suivis pendant six mois après leur sortie de l’hôpital et classés en quatre catégories selon la gravité de leurs symptômes persistants. L’objectif était d’analyser le microbiote (l’ensemble des micro-organismes présents dans une partie du corps) de la bouche et des poumons pour identifier d’éventuels liens avec la sévérité des séquelles.
Les chercheurs ont observé que les patients souffrant des formes les plus sévères de covid long présentaient un excès de bactéries productrices d’acide lactique dans leur bouche et leurs poumons. Ces bactéries, normalement présentes en faible quantité dans ces zones, étaient corrélées à des niveaux élevés de marqueurs d’inflammation dans le sang. Ce déséquilibre microbien n’était pas retrouvé chez les patients dont les symptômes s’étaient atténués ou avaient disparu. Les scientifiques ont utilisé une technique appelée séquençage de l’ADN ribosomal 16S pour identifier et quantifier les différentes espèces bactériennes présentes dans les prélèvements de salive et d’expectorations. Cette méthode permet de dresser un inventaire précis des micro-organismes sans avoir à les cultiver en laboratoire.
L’étude a également révélé que les perturbations du microbiote ne se limitaient pas aux voies respiratoires. Les chercheurs ont observé des déséquilibres similaires dans le cerveau et l’intestin des patients les plus sévèrement atteints. Par exemple, les troubles cognitifs (comme des difficultés de concentration ou de mémoire) étaient associés à des modifications de la flore buccale, tandis que les symptômes digestifs (comme des douleurs abdominales ou des troubles du transit) correspondaient à des altérations de la flore intestinale. Ces résultats suggèrent que le covid long pourrait avoir des répercussions systémiques, c’est-à-dire affectant plusieurs organes simultanément, via des mécanismes encore mal compris mais impliquant le microbiote.
Les résultats de cette étude ouvrent la voie à de nouvelles approches thérapeutiques pour le covid long. Les chercheurs estiment que le microbiote pourrait devenir une cible privilégiée pour traiter les formes les plus sévères de la maladie. Par exemple, des probiotiques (des micro-organismes vivants bénéfiques) ou des antibiotiques ciblés pourraient être testés pour rétablir l’équilibre bactérien dans la bouche et les poumons. Cependant, les auteurs soulignent que ces hypothèses restent à valider par des *essais cliniques* rigoureux avant d’envisager une application médicale. À ce stade, il s’agit donc d’une piste prometteuse, mais qui nécessite encore des recherches approfondies pour confirmer son efficacité et sa sécurité.

