À votre insu, votre voiture envoie probablement vos données de conduite à de nombreuses entreprises comme Adobe, Microsoft, Meta ou encore Yahoo
L'automobile passe pour l'un des derniers objets à l'abri du pistage publicitaire. Sauf que les voitures connectées et leur application mobile en disent presque autant sur nous qu'un smartphone.
Les voitures modernes, dites connectées, collectent et transmettent en temps réel de nombreuses données liées à la conduite. Ces informations incluent la localisation GPS, les trajets effectués, les habitudes de freinage ou d'accélération, ainsi que des données personnelles comme l'adresse du domicile ou du lieu de travail. Ces données sont souvent envoyées à des serveurs externes, parfois sans que le conducteur en ait conscience. Les constructeurs automobiles collaborent avec des entreprises spécialisées dans le big data (analyse massive de données) et la publicité, comme Adobe, Microsoft, Meta (anciennement Facebook) ou Yahoo. Ces partenariats permettent de croiser les données de conduite avec d'autres informations personnelles, afin de créer des profils détaillés des utilisateurs.
Les constructeurs automobiles s'appuient sur des API (interfaces de programmation applicative) pour partager ces données avec des entreprises technologiques. Par exemple, une voiture Tesla pourrait envoyer des données de localisation à un service comme Meta, qui les utilise pour affiner ses publicités ciblées. Adobe, spécialisé dans les logiciels créatifs, peut exploiter ces données pour personnaliser des campagnes marketing. Microsoft, quant à lui, intervient souvent pour le stockage et l'analyse des données via son cloud (informatique en nuage). Ces échanges sont facilités par des contrats commerciaux, mais leur existence reste souvent méconnue des propriétaires de véhicules.
La transmission de ces données pose des questions majeures en matière de protection de la vie privée. Les utilisateurs ignorent généralement quelles informations sont collectées, à qui elles sont transmises et dans quel but. Par exemple, des données comme les trajets quotidiens ou les arrêts fréquents pourraient révéler des habitudes de vie personnelles, comme des visites chez un médecin ou un lieu de culte. En Europe, le RGPD (Règlement général sur la protection des données) encadre ces pratiques, mais son application varie selon les pays. Aux États-Unis, où se trouvent les sièges de Meta et Adobe, les réglementations sont souvent moins strictes, ce qui expose davantage les utilisateurs.
Une enquête récente a révélé que des modèles de voitures comme ceux de Tesla, Ford ou BMW envoient régulièrement des données à des tiers. Par exemple, une Tesla Model 3 transmet des informations sur la localisation, la vitesse et les conditions de conduite à des serveurs externes toutes les 30 secondes. Ces données sont ensuite analysées pour améliorer les services connectés, comme les mises à jour logicielles ou les publicités personnalisées. Dans certains cas, ces échanges peuvent inclure des données biométriques, comme les empreintes digitales ou les commandes vocales, si le véhicule est équipé de ces fonctionnalités.
Pour réduire la collecte de données, les utilisateurs peuvent prendre plusieurs mesures. La première consiste à désactiver les options de *géolocalisation* et de *connexion automatique* dans les paramètres du véhicule. Il est également possible de limiter l'accès aux données personnelles via les applications mobiles associées à la voiture. Certains constructeurs proposent des options pour refuser le partage de données avec des tiers, mais ces paramètres sont souvent difficiles à trouver ou mal expliqués. Enfin, l'utilisation d'un *VPN* (réseau privé virtuel) peut masquer l'adresse IP du véhicule, rendant son identification plus complexe pour les entreprises.

