Se retrouver grâce à la danse
Inspirée des paysages de la péninsule de Dingle, en Irlande, « MÁM » réunit douze danseurs et huit musiciens sur scène..
La pièce MÁM, créée par le chorégraphe irlandais Michael Keegan-Dolan et sa compagnie Teaċ Daṁsa, ouvre la saison 2026-2027 de Danse Danse. Cette œuvre, en tournée mondiale depuis sept ans, sera présentée pour la première fois au Canada au Centre national des arts à Ottawa les 25 et 26 septembre 2026, puis au théâtre Maisonneuve de Montréal du 30 septembre au 4 octobre 2026. MÁM est une création chorégraphique qui explore la danse comme moyen de reconnexion à soi et aux autres, en s’inspirant de la culture irlandaise tout en s’en affranchissant. Le titre MÁM signifie mère en gaélique irlandais, reflétant l’une des thématiques centrales de l’œuvre.
Michael Keegan-Dolan, fondateur de sa première compagnie de danse à 21 ans, a étudié à l’école de ballet de Londres avant de se détourner des méthodes traditionnelles. Il décrit son parcours comme une réaction contre les contraintes imposées par les institutions, affirmant avec humour souffrir d’une « maladie » : « Je n’aime pas qu’on me dise quoi faire ». Après avoir déménagé à Dingle en Irlande il y a près de dix ans, il s’est imprégné de la culture locale, notamment la musique, la langue et les paysages, qui ont nourri son inspiration artistique. Son approche chorégraphique se veut collaborative, égalitaire et libre, sans hiérarchie au sein de sa compagnie.
La création de MÁM repose sur une méthode de travail collective et improvisée. Keegan-Dolan explique que l’équipe discutait longuement et s’amusait durant les répétitions, avec des sessions d’improvisation matinales non enregistrées. Les mouvements retenus étaient ensuite affinés ensemble. Cette approche a permis de construire un langage chorégraphique unique, ancré dans l’univers créé par le groupe. Depuis sept ans, peu d’éléments ont été modifiés, ce qui renforce la cohérence de l’œuvre. Keegan-Dolan souligne que cette collaboration génère une énergie et une complicité si fortes entre les danseurs et les musiciens que le public peut les ressentir, rappelant ainsi le lien profond qui unit les êtres humains.
Keegan-Dolan précise que la gestuelle de MÁM n’est ni conceptuelle ni intellectuelle, mais plutôt naturelle et instinctive. Il rejette les danses traditionnelles irlandaises telles qu’on les connaît aujourd’hui, car selon lui, ces mouvements remontent au XIXe siècle et ont été influencés par les colons anglais. Pour lui, ces danses ne reflètent pas l’esprit irlandais authentique. Il explique que les tentatives de colonisation de l’Irlande, d’abord par les Anglo-Saxons, puis par l’Église catholique et enfin par la Banque centrale européenne, ont effacé une partie de cette identité. MÁM devient ainsi un moyen de retrouver et de se réapproprier cette danse perdue, en recréant un lien entre l’identité personnelle et l’expression corporelle.
La musique traditionnelle irlandaise occupe une place centrale dans MÁM. Keegan-Dolan la décrit comme la structure même de la pièce, car elle offre une base tangible pour organiser la chorégraphie. L’œuvre intègre plusieurs influences musicales : de la tradition irlandaise au baroque, en passant par le folk et la musique postmoderne européenne. L’objectif est de mélanger ces styles sans hiérarchie, car pour le chorégraphe, la musique est avant tout un moyen d’expression. Cette diversité musicale permet de créer une narration riche et de brouiller les frontières entre les genres, offrant ainsi une expérience immersive au public.
À travers *MÁM*, Keegan-Dolan souhaite remettre en question les clichés associés aux Irlandais et engager une conversation avec le public. Il critique les perceptions erronées et les traditions imposées, affirmant que le rôle de l’artiste est de contester ces idées reçues. Il cherche également à briser les filtres éducatifs et culturels qui influencent la manière dont les spectateurs perçoivent la danse. Pour lui, il est essentiel que le public voie au-delà des attentes préétablies et découvre une expérience authentique. Il espère ainsi que les spectateurs prennent conscience de leur humanité et de leur mortalité, ce qui, selon lui, les rendrait plus conscients et moins égoïstes.

