“Le 11 Septembre a tout changé” : comment la tragédie américaine a défiguré le Moyen-Orient
Dans la région, d’où sont originaires les 19 auteurs des attaques de New York, le séisme mondial a provoqué de fortes secousses en chaîne, dont les effets se font encore sentir aujourd’hui : succession de guerres, chutes de régimes, révoltes populaires, émergence de nouveaux acteurs. La région est, depuis, en proie à une profonde mutation politique et sociale, résumée à travers la mémoire et le regard de plusieurs citoyens, analystes et auteurs dans ce remarquable article de “L’Orient-Le Jour”..
Le 11 septembre 2001, quatre avions de ligne sont détournés par 19 terroristes islamistes, membres du réseau Al-Qaïda. Deux d'entre eux percutent les tours du World Trade Center à New York, causant leur effondrement et la mort de 2 977 personnes. Un troisième avion s'écrase sur le Pentagone, siège du ministère américain de la Défense, tandis qu'un quatrième s'abîme en Pennsylvanie après une lutte entre passagers et pirates de l'air. Ces attaques, les plus meurtrières de l'histoire des États-Unis, marquent un tournant dans les relations internationales. Les auteurs sont majoritairement originaires de pays du Moyen-Orient, dont l'Arabie saoudite, l'Égypte et les Émirats arabes unis, bien que la majorité des terroristes soient saoudiens. Les images des attentats, diffusées en direct à la télévision, choquent le monde entier et déclenchent une série de réactions politiques et militaires sans précédent.
Dès le 14 septembre 2001, le président américain de l'époque, George W. Bush, déclare une guerre contre le terrorisme. Cette expression désigne une stratégie globale visant à éradiquer les groupes terroristes, notamment Al-Qaïda, et les régimes qui les soutiennent. Les États-Unis lancent des opérations militaires en Afghanistan dès octobre 2001 pour renverser le régime des Talibans, accusé d'abriter les dirigeants d'Al-Qaïda, dont Oussama Ben Laden. Cette intervention marque le début d'une série de conflits qui vont redessiner la carte géopolitique du Moyen-Orient. Parallèlement, les États-Unis adoptent des mesures de sécurité intérieure renforcées, comme la création du Department of Homeland Security (ministère de la Sécurité intérieure) et la mise en place de lois antiterroristes controversées, comme le Patriot Act.
Avant les attentats, l'Irak est déjà sous le coup de sanctions économiques américaines depuis 1990, imposées après l'invasion du Koweït par Saddam Hussein. Ces sanctions, qui visent à affaiblir le régime, provoquent des pénuries de nourriture, de médicaments et d'électricité, plongeant la population dans une grande précarité. En 2003, les États-Unis, avec le soutien du Royaume-Uni et d'autres alliés, envahissent l'Irak sous prétexte que Saddam Hussein possède des armes de destruction massive (ADM), une affirmation qui s'avérera infondée. Cette guerre, officiellement justifiée par la lutte contre le terrorisme, entraîne la chute du régime baasiste en quelques semaines. Cependant, elle plonge le pays dans un chaos politique et sécuritaire durable, avec des conséquences encore visibles aujourd'hui, comme la montée en puissance de groupes armés et l'instabilité chronique.
Les années 2000 et 2010 voient une série de bouleversements politiques au Moyen-Orient, souvent liés aux répercussions des attentats du 11 septembre. En 2010 et 2011, une vague de révoltes populaires, connue sous le nom de Printemps arabe, éclate dans plusieurs pays de la région, comme la Tunisie, l'Égypte, la Libye et la Syrie. Ces mouvements, portés par des jeunes et des classes moyennes, réclament plus de libertés politiques et une meilleure répartition des richesses. Cependant, ces révoltes aboutissent à des résultats contrastés : certaines aboutissent à des transitions démocratiques (Tunisie), tandis que d'autres plongent dans la guerre civile (Syrie, Libye). Ces événements sont souvent interprétés comme une conséquence indirecte des politiques américaines au Moyen-Orient, perçues comme une ingérence ou un soutien à des régimes autoritaires.
Parmi les conséquences les plus dramatiques des attentats du 11 septembre figure l'émergence de l'État islamique (EI), aussi appelé Daech (acronyme arabe de Dawlat al-Islamiyah fil Iraq wa al-Sham). Ce groupe terroriste, né en Irak après l'invasion américaine de 2003, profite du chaos pour s'étendre et prendre le contrôle de vastes territoires en Syrie et en Irak entre 2014 et 2017. Daech se distingue par son extrémisme violent, ses exécutions publiques et son projet de créer un califat islamique. Son apogée territoriale en 2015 couvre une zone de la taille du Royaume-Uni, abritant environ 8 millions de personnes. La lutte contre Daech mobilise une coalition internationale et entraîne des opérations militaires massives, mais laisse derrière elle des sociétés profondément traumatisées et des infrastructures détruites.
Les attentats du 11 septembre accélèrent des dynamiques géopolitiques déjà en cours au Moyen-Orient. L'Arabie saoudite, pays d'origine de la majorité des terroristes, renforce son rôle d'acteur régional, tout en étant critiquée pour son financement présumé de mouvements islamistes. L'Iran, déjà en rivalité avec les États-Unis, voit son influence grandir, notamment en Irak, en Syrie et au Liban, où le Hezbollah, un parti armé chiite soutenu par Téhéran, gagne en puissance. La Turquie, dirigée par Recep Tayyip Erdoğan, adopte une politique étrangère plus assertive, oscillant entre alliances avec l'Occident et rapprochement avec des régimes autoritaires. Ces transformations redéfinissent les équilibres de pouvoir dans la région, avec des conséquences durables sur les conflits et les alliances.
Vingt-cinq ans après les attentats, leur impact sur le Moyen-Orient reste profond. Pour des générations entières, comme celle de Hassan, un enfant irakien de l'époque, les attentats ont marqué le début d'une période de chaos et d'insécurité. Les images des tours en feu, diffusées en boucle, ont laissé une empreinte durable dans les mémoires, tant en Occident qu'au Moyen-Orient. Les traumatismes liés aux guerres, aux déplacements de populations et aux crises économiques qui ont suivi sont encore vifs. Des millions de personnes ont été déplacées ou tuées dans les conflits déclenchés ou aggravés par les réactions aux attentats. Aujourd'hui, la région reste marquée par une instabilité chronique, une défiance envers les puissances étrangères et une quête de stabilité qui semble hors de portée.

