Tribune contre la GPA : « Trop de gens donnent leur avis sans savoir de quoi ils parlent »
Après la proposition de Gabriel Attal, candidat à la présidentielle, de légiférer sur la gestation pour autrui, aujourd’hui interdite en France, puis la publication d’une tribune transpartisane de 15 politiques hostiles à cette idée, dont la ministre Aurore Bergé, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval repose le cadre du débat..
Le 23 mai 2024, Gabriel Attal, secrétaire général du parti Renaissance et candidat à la présidentielle, a évoqué dans une interview au Parisien la possibilité d’ouvrir un débat sur la légalisation de la gestation pour autrui (GPA) en France. Cette pratique, actuellement interdite dans le pays, consiste pour une femme à porter un enfant pour le compte d’un couple ou d’une personne qui ne peut pas avoir d’enfant naturellement. Attal a précisé qu’il s’agissait d’une GPA dite « éthique », un terme utilisé par ses partisans pour désigner une pratique encadrée par des règles strictes visant à protéger les mères porteuses et les enfants. Cette proposition a immédiatement suscité une réaction forte, y compris au sein de son propre parti politique.
Dès le lendemain de la déclaration d’Attal, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et membre du parti Renaissance, a exprimé une opposition claire à la légalisation de la GPA, même sous une forme « éthique ». Le 28 mai 2024, une tribune intitulée « La GPA “éthique” n’existe pas » a été publiée dans le journal Ouest-France par quinze personnalités politiques, allant du Parti socialiste à Les Républicains. Parmi les signataires figure Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les Femmes et les Hommes et de la Lutte contre les Discriminations. Cette tribune marque une opposition frontale à l’idée d’une GPA encadrée, soulignant que ses partisans défendent une pratique jugée inacceptable.
Les signataires de la tribune s’appuient sur l’idée que la GPA, même présentée comme « éthique », reste une pratique problématique. Ils estiment que cette pratique commercialise le corps des femmes et exploite leur vulnérabilité, notamment dans les pays où elle est autorisée. L’argument central repose sur l’idée que la GPA ne peut pas être totalement encadrée pour éviter les dérives, comme le risque de marchandisation des enfants ou l’exposition des mères porteuses à des pressions économiques ou sociales. Pour eux, aucune forme de GPA ne peut être considérée comme éthique, car elle implique toujours une séparation entre la mère biologique et l’enfant après la naissance.
Geneviève Delaisi de Parseval, ethnopsychanalyste spécialiste de la GPA, a répondu aux arguments des opposants. Elle travaille depuis plusieurs années sur ce sujet et a interrogé des mères porteuses, des parents d’intention et des jeunes adultes nés de GPA. Son approche repose sur une analyse des conséquences psychologiques et sociales de cette pratique pour toutes les parties impliquées. Elle défend l’idée que la GPA peut être encadrée de manière à minimiser les risques pour les femmes et les enfants, en s’appuyant sur des témoignages et des études de terrain. Son livre « L’Art d’accommoder les mères », publié en 2025 aux Éditions Odile Jacob, apporte des éléments concrets à ce débat.
Le débat sur la GPA s’inscrit dans un contexte politique et médiatique tendu en France. La proposition d’Attal a relancé une discussion qui divise depuis des années les partis politiques, les associations féministes et les défenseurs des droits des enfants. Les médias jouent un rôle clé dans la diffusion des arguments, comme en témoigne la publication de la tribune dans *Ouest-France* et les réactions qui ont suivi. Ce sujet, souvent technique et émotionnel, suscite des prises de position rapides, parfois sans une connaissance approfondie des réalités de la GPA. Les acteurs impliqués, qu’ils soient politiques, experts ou citoyens, apportent des perspectives variées, reflétant la complexité de ce débat.

