Le PCQ surestime-t-il les retombées de ses baisses d’impôt?
«Le Devoir» soumet l’engagement du parti d’Éric Duhaime à l’épreuve des faits..
Le Parti conservateur du Québec (PCQ) propose une baisse d'impôt « historique » pour les particuliers et les entreprises. Pour les particuliers, il prévoit doubler progressivement le montant personnel de base (seuil de revenus exemptés d'impôt) jusqu'à 35 242 $ en 2030. Pour les entreprises, le taux d'imposition serait réduit à 4,7 % en 2030-2031. Ces mesures priveraient l'État de 53 milliards de dollars de revenus sur un premier mandat. Le PCQ estime que ces baisses généreraient 11 milliards de dollars de retombées économiques supplémentaires, grâce à un mécanisme appelé effets dynamiques (hausse de l'activité économique stimulée par la baisse d'impôt).
Le PCQ promet de réduire les dépenses publiques de 47 milliards de dollars sur un premier mandat, sans affecter les services à la population. Cette économie financerait les baisses d'impôt. Cependant, l'économiste Antoine Genest-Grégoire, professeur à l'Université de Sherbrooke, met en garde contre la faisabilité de cette promesse. Il souligne que maintenir les services tout en réduisant les dépenses de manière aussi importante est « dur à avaler », car les gouvernements précédents ont échoué à augmenter significativement la productivité des fonctionnaires malgré des efforts similaires.
Les effets dynamiques désignent l'impact positif sur l'économie et les recettes fiscales d'une baisse d'impôt, via une stimulation de la consommation et de l'investissement. Le PCQ utilise des multiplicateurs élevés pour calculer ces effets, allant jusqu'à 0,4. Antoine Genest-Grégoire estime que ces chiffres sont « possiblement deux fois trop gros », car les baisses d'impôt passées ont généralement un effet bien moindre (0,1 à 0,2). De plus, le PCQ inclut dans ses projections les revenus supplémentaires de la TVQ (taxe de vente du Québec) générés par une consommation accrue, alors que cette pratique n'est pas standard dans les analyses budgétaires gouvernementales.
Antoine Genest-Grégoire critique le cadre financier du PCQ pour son manque d'équilibre. D'une part, le parti calcule les retombées positives des baisses d'impôt pour les entreprises, mais ignore les effets négatifs de ses autres mesures, comme l'abolition des aides aux entreprises. Ces dernières pourraient aussi générer des effets dynamiques négatifs. D'autre part, le PCQ ne tient pas compte des impacts négatifs des coupes budgétaires sur les services publics. Selon le chercheur, si ces éléments étaient inclus, le cadre financier du PCQ ne tiendrait plus, sauf à prévoir des coupes encore plus importantes que celles annoncées.
Le cadre financier du PCQ, s'il était analysé par l'appareil budgétaire gouvernemental, serait probablement rejeté en l'état actuel, selon Antoine Genest-Grégoire. Les méthodes de calcul des *effets dynamiques* sont jugées trop optimistes, et les hypothèses de maintien des services tout en réduisant les dépenses de 47 milliards de dollars sont considérées comme irréalistes. Le fiscaliste souligne que les gouvernements précédents ont tenté, sans succès, d'augmenter significativement l'efficacité de l'administration publique. La promesse du PCQ repose donc sur des hypothèses fragiles, qui pourraient mener à un déséquilibre budgétaire si elles ne se réalisent pas.

