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Géopolitique

En Indonésie, des éruptions volcaniques en série inquiètent la capitale

Courrier International · mis à jour il y a 13 j

En quelques jours, six volcans sont entrés en éruption en Indonésie, dont l’Anak Krakatau, le dernier en date, dont les cendres ont atteint Jakarta. Une ville où la qualité de l’air est déjà dégradée par les fumées des feux de forêt de Sumatra et de Kalimantan..

Six volcans en éruption

Depuis la fin du mois d'août 2026, six volcans indonésiens sont entrés en éruption en quelques jours seulement. Parmi eux, l'Anak Krakatau, situé dans le détroit de la Sonde entre les îles de Sumatra et Java, est le dernier en date. Les autres volcans concernés sont l'Ibu, le Semeru, le Lewotobi Laki-laki, le Sinabung et l'île Lewotolok. Ces éruptions, bien que simultanées, résultent de processus géologiques distincts selon les scientifiques. L'Indonésie, située sur la ceinture de feu du Pacifique, est une région particulièrement exposée aux activités sismiques et volcaniques, avec 127 volcans actifs recensés. Cette concentration s'explique par la rencontre de plaques tectoniques sous l'archipel, provoquant des mouvements de magma fréquents.

Cendres sur Jakarta

L'éruption de l'Anak Krakatau a projeté des panaches volcaniques atteignant entre 13 et 17 kilomètres d'altitude, une hauteur proche de la limite supérieure de la troposphère, la couche la plus basse de l'atmosphère terrestre. Ces cendres ont atteint Jakarta, la capitale indonésienne, où elles se sont déposées sous forme d'une fine pellicule grise sur les véhicules et les habitations, notamment dans la ville de Tangerang, à l'ouest de Jakarta. Ces particules volcaniques, combinées à la pollution atmosphérique déjà présente, aggravent les risques sanitaires pour les habitants, pouvant provoquer des irritations des voies respiratoires, des toux ou des crises d'asthme. L'indice de qualité de l'air (AQI) à Jakarta dépasse déjà 700, soit plus du double du seuil considéré comme dangereux pour la santé publique.

Trafic aérien perturbé

L'éruption de l'Anak Krakatau a entraîné la fermeture de huit aéroports en Indonésie, bloquant 170 000 voyageurs. Les cendres volcaniques, dangereuses pour les moteurs d'avion, rendent les vols impossibles dans les zones concernées. Les perturbations affectent non seulement les déplacements locaux, mais aussi les connexions internationales. Par ailleurs, des milliers d'écoliers ont dû suivre leurs cours à distance dans plusieurs régions, en raison des risques liés à la pollution de l'air. Ces mesures visent à protéger la santé des populations, notamment des enfants, plus vulnérables aux particules fines.

Feux de forêt aggravants

Les cendres volcaniques tombent sur un ciel déjà pollué par les fumées des feux de forêt qui ravagent les îles de Sumatra et de Kalimantan. Ces incendies, souvent liés à des pratiques agricoles ou à des conditions climatiques sèches, libèrent d'importantes quantités de particules fines dans l'atmosphère. À Jakarta, l'indice de qualité de l'air (AQI) atteint des niveaux critiques, dépassant 700, un seuil où l'air est considéré comme dangereux pour l'ensemble de la population. Cette situation aggrave les problèmes respiratoires et cardiovasculaires, surtout pour les personnes souffrant de maladies pulmonaires chroniques comme la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ou l'asthme.

Gestion des risques limitée

Erma Yulihastin, professeure de climatologie à l'Agence nationale de recherche et d'innovation (BRIN), souligne que la gestion des catastrophes naturelles en Indonésie reste largement réactive. Les autorités se contentent souvent de créer des cellules de crise ponctuelles pour faire face aux urgences, sans anticiper les risques de manière globale. Elle plaide pour une cartographie multirisque dynamique, intégrant non seulement les aléas naturels (éruptions, séismes), mais aussi leurs conséquences sanitaires, économiques et écologiques. Cette approche nécessiterait une collaboration entre météorologues, volcanologues, sismologues, écologues, professionnels de santé et économistes.

Ce que ça pourrait changer

La gestion des catastrophes naturelles en Indonésie est également contrainte par des moyens financiers réduits. En 2026, le budget de l'*Agence nationale de gestion des catastrophes* (BNPB) a subi une baisse de 75 %, la plus forte en quinze ans. Cette réduction des fonds limite la capacité du pays à mettre en place des mesures préventives ou à investir dans des infrastructures de protection. Pourtant, avec 127 volcans actifs et une exposition constante aux risques sismiques, l'Indonésie a besoin de ressources pour améliorer sa résilience face aux catastrophes naturelles, qui deviennent de plus en plus fréquentes et intenses.

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